Voilà. Fini, les vacances. On ramène pas mal de trucs.
« Pas mal de trucs. » Il y a cent bouteilles là-dedans !
Et une note de service pour la prochaine fois, à graver dans le marbre : ne pas s’arrêter à l’aire de Tellin. C’est moche, c’est cher, c’est vieillot.
Ce qu’on n’a pas fait cette année
Parce qu’il y en a, et pas des moindres. Roussillon et les ocres. Le Colorado provençal à Rustrel. Les mines de Buoux. Et évidemment Cavaillon, Aix-en-Provence, Avignon, Saint-Rémy-de-Provence, les Baux-de-Provence…
Le Beau de Provence, c’est moi !
Oui, Rémi.
Ce qu’on a trouvé
Et à l’inverse, on repart avec trois nouveaux incontournables, ce qui est beaucoup pour une région qu’on croyait connaître :
Le Bouchon, à Lourmarin. Les petits plats à partager, le thon-derstruck, le mouhammara. On y retournera.
Le Domaine du Coffre, à Pertuis. Trois frères, six hectares de vieilles vignes, et une Clé des Sens en blanc comme en rouge.
Cucuron. Un village qu’on ne se souvenait même pas d’avoir vu, un étang bordé de platanes bicentenaires.
Le petit bilan, par Claudia
Puisqu’on me le demande, voici ce que quinze jours donnent quand on les met en chiffres et en coïncidences.
Les chiffres. Cent bouteilles et onze caisses dans le coffre. Sept cents marches descendues sous terre à l’aven d’Orgnac, sept cent cinquante mètres de sentier à la grotte de la Salamandre, une vingtaine d’étages à Oppède-le-Vieux. Trente-huit degrés au plus chaud, vingt-trois au plus frais. Cent septante ans pour la Bambouseraie, cent quatre-vingt-neuf mille livres à la librairie de Banon, et quatre cents rhums derrière le bar d’Apt.
Attends. Tu as dit « septante » ?
Quinze jours à côté de toi. Il fallait bien que quelque chose finisse par passer.
Le bestiaire. Une salamandre au plafond de la salle de bain, une grotte qui porte son nom, un scorpion très intéressé par un melon, des moustiques tigres partout, une chienne nommée Anouk qui convoitait des amandes de Banon, et Emyl, le chien de l’Intramuros
Et surtout, les fils qui se sont noués tout seuls. On a croisé la famille d’Agoult trois fois sans le savoir : au château de Lourmarin, au château de Gordes, puis à Goult — le village qui a donné son nom à la famille, et qui se trouvait à cinq kilomètres de notre lit. On a déjeuné au Bec Figue en Ardèche le troisième jour, et bu une bière nommée la Fauvette le douzième : le même oiseau, à onze jours d’intervalle. On a mangé une araignée de porc en Ardèche et une pluma dans le Luberon, soit deux morceaux du boucher. On a appris ce qu’était le petit épeautre à Sault, et on l’a retrouvé trois jours plus tard dans un taboulé. On a dormi une semaine dans un domaine qui doit son nom à une verrerie de 1470, et Nath en est repartie avec un collier de verre fondu. Et l’Ardèche du premier jour nous est revenue dans l’assiette au treizième, sous la forme d’une caillette.
Rien de tout cela n’était prévu. C’est simplement ce qui arrive quand on reste assez longtemps au même endroit pour que les choses commencent à se répondre.
Et moi ? Mon bilan à moi ?
Tu as eu raison trois fois en quinze jours, ce qui est un record personnel. Ja oma signifie bien « oui mamy ». Ansouis était bel et bien « en souci ». Et tu as reconnu AC/DC sur une carte de restaurant avant tout le monde.
Ce qui reste
Du vin. De l’huile d’olive. Du vinaigre balsamique. Des savons. Un panier en osier. Des confitures, des amandes grillées, des calissons, des chocolats.
Mis bout à bout, ça raconte le voyage mieux qu’un album photo : l’huile vient du moulin entre Cadenet et Lourmarin, le vinaigre de la maison en face de la chocolaterie de Banon, les amandes et les calissons de la chocolaterie elle-même, les confitures de Robion, les savons du marché du vendredi à Lourmarin, le panier d’un coup de cœur de Nath à la sortie de la Bambouseraie, et le vin de la Verrière et du Coffre. Notre garde-manger est devenu une carte du séjour.
Sauf qu’un garde-manger, ça se vide. D’ici le printemps, il n’en restera plus rien, tout aura été bu, mangé, tartiné ou utilisé.
Il restera une chose.
Un tote bag. C’est le seul souvenir qu’on ait du Bar des Amis, il va devenir collector !
Voilà, c’est tout pour cette fois. Quinze jours entre Cévennes, Ardèche et Luberon, des grottes, des villages perchés, des jardins accrochés au vide, une forêt de bambous qui n’est pas une forêt, un dirigeable dans une caverne, cent bouteilles, deux amoureux et toujours plusieurs voix dans ma tête.
Merci de nous avoir suivis. On espère que vous avez aimé voyager avec nous.
À la prochaine !
I’ll be back !
Publié dansLuberon 2026|Commentaires fermés sur Luberon 2026 – La conclusion
Dernier jour. Après le petit déj, on règle nos factures pour les trois nuits. Et c’est là qu’on apprend le truc le plus triste de ces vacances.
Le Bar des Amis sera repris l’année prochaine. Ce sera une nouvelle équipe. Et d’après ceux qui sont encore là, ça ne sera plus pareil.
Alors on est tristes. Vraiment tristes. On avait découvert cet endroit en juin l’année dernière, on était venus manger deux fois, et cette année on est revenus pour trois jours entiers. C’était top de chez top. Et c’est fini.
On réessaiera la prochaine fois, évidemment. Mais on sait déjà que ce ne sera plus la même chose, parce que ce qui fait cet endroit, ce ne sont pas les murs. C’est l’équipe en place. Les sourires, l’énergie positive, le service, la nourriture : tout vient d’eux. Les murs, eux, resteront exactement où ils sont.
C’est d’ailleurs assez cruel, quand on y pense : dans « Bar des Amis », ce n’est pas le bar qui s’en va. Ce sont les amis.
…
Rémi ?
Rien. J’ai une poussière dans l’œil.
Allez. Arrête d’être triste, Rémi. Merci, le Bar des Amis. C’était court, mais c’était bon.
Bon. On reprend la route vers le nord.
Un accident sur l’autoroute, on perd facilement trente minutes. On s’en fout, on a le temps. Et toujours autant de bouchons à Lyon, parce que certaines choses ne changent jamais et que Lyon en fait partie.
On arrive finalement à Langres vers 16 h 30. On dépose les bagages à l’hôtel et on va faire un petit tour en ville.
Alors, disons-le franchement : ce n’est pas la ville la plus agréable pour se promener. Par contre, la cathédrale, waouw. On ne s’attendait pas du tout à ça. Et en plus, il y avait quelqu’un qui jouait de l’orgue. C’était grandiose.
Il s’agit de la cathédrale Saint-Mammès, un édifice où le roman bourguignon rencontre le gothique, et qui a bientôt mille ans. Et tant qu’on est à Langres, trois choses méritent d’être signalées, pour une prochaine fois ou pour ceux qui passeraient par là. D’abord les remparts : la vieille ville est ceinte de murailles qu’on peut parcourir entièrement, avec des tours médiévales et un panorama qui va du lac de la Liez aux Vosges d’un côté, et à la vallée de la Bonnelle de l’autre.
Ensuite ?
Ensuite, Langres est la ville natale de Denis Diderot, né ici en 1713. Sa statue en bronze, sur la place qui porte son nom, est l’œuvre de Frédéric Bartholdi, le sculpteur de la statue de la Liberté.
Le gars de la statue de la Liberté est venu faire un Diderot à Langres ? Il avait du temps libre entre deux flambeaux ?
Et enfin, il y a le fromage. Le langres est une AOP au lait de vache, à croûte lavée, reconnaissable à la petite cuvette creusée sur le dessus, qu’on appelle la fontaine. Et cette fontaine n’est pas sculptée : elle se forme toute seule, simplement parce que le fromage n’est jamais retourné pendant son affinage. La tradition veut qu’on y verse du champagne ou du marc de Bourgogne avant de le déguster.
Un fromage livré avec un trou pour mettre l’alcool. Voilà. C’est ça, la civilisation.
Mais on ne goutera pas le fromage, on fait juste quelques petites photos sympas :
On avait réservé une table au Pignata.
C’est pas le Bar des Amis…
Non, Rémi. Ce n’est pas le Bar des Amis.
Le personnel est sympa, cela dit. Mais la pizza n’avait pas beaucoup de goût, et le burger au gorgonzola, ça va, sans plus. Rien de raté, rien de mémorable non plus.
Et en fait, je crois que le problème n’est pas dans l’assiette. Il est dans nous. En quinze jours, on s’est habitués à des plats avec plein de saveurs, le mouhammara, le gochujang, la sauce au bleu de chèvre, les joues braisées, les panisses, le banon sous ses feuilles, la caillette… On a pris l’habitude d’être surpris à chaque repas. Résultat : une pizza correcte, qui nous aurait très bien convenu le premier soir à Metz, nous laisse tièdes le quinzième.
C’est un phénomène assez banal, et il n’a rien à voir avec la cuisine d’ici : le goût fonctionne par comparaison. On ne juge jamais un plat dans l’absolu, mais par rapport à ceux qui le précèdent. Après deux semaines de cuisine très aromatique, le palais a simplement déplacé son point de référence.
Traduction : vous êtes devenus insupportables.
Un peu, oui, mais certainement pas autant que toi, Rémi ! Et c’est probablement le premier signe que les vacances sont finies : le repas a cessé d’être un événement.
Bref, je ne suis pas sûr qu’on reviendra à Langres.
Demain, retour à la réalité. Il y aura certainement un petit post de conclusion pour ces quinze jours de vacances.
À demain les amis !
Publié dansLuberon 2026|Commentaires fermés sur Luberon 2026 – Day 15
La vue du matin, de la terrasse, en attendant 8h30 qu’on puisse prendre le petit dej :
Donc, après le petit déj, le même qu’hier, et c’est très bien comme ça, on se met en route vers un autre village : Saignon.
Ouh. C’est un village pour les vampires ?
Pas du tout, mais tu sais ce qu’il y a à Saignon ?
Bah, comme d’hab, un château sans doute.
Non plus. Il y a un rocher.
Un rocher. On va visiter un rocher. Ça devient n’importe quoi, ce voyage. On voit bien qu’on arrive à la fin et qu’il n’y a plus rien à faire.
Oui, mais ce n’est pas un rocher comme les autres : c’est le rocher de Bellevue. Et c’est vraiment un truc à voir. On est montés tout en haut.
Trente-cinq mètres de haut, et une vue à 360 degrés : la vallée du Calavon, le mont Ventoux, la montagne de Lure. Mais surtout, Rémi, ce rocher n’est pas un décor — c’est la raison d’être du village. Le site est habité depuis l’époque gallo-romaine et il a longtemps servi de refuge aux habitants lors des invasions. Aux XIᵉ et XIIᵉ siècles, il y avait trois châteaux à Saignon, au sud, au nord et à l’ouest, qui servaient de places fortes et probablement de tours à signaux. Parce que c’était ça, la fonction du rocher : on y allumait des feux pour communiquer avec les populations voisines. C’est d’ailleurs de là que viendrait le nom du village — du latin signum, le signe, le signal.
Donc rien à voir avec le sang, Rémi.
Mouais. Un rocher qui envoie des messages à distance. Autrement dit, vous avez grimpé trente-cinq mètres pour visiter le premier téléphone du Luberon.
Vu comme ça, oui. On reprend la route vers un autre village, près de Bonnieux et de Lacoste : Ménerbes.
Et ne ménerbes pas hein !
Tu es plus près du compte que tu ne le crois. Le nom de Ménerbes viendrait de Minerve, la déesse romaine de la sagesse, de la guerre stratégique et protectrice des arts. Le village est donc placé sous le patronage de la sagesse — ce qui n’est pas rien pour un endroit où trois artistes sont venus s’installer.
Ah oui ?
Nicolas de Staël s’est installé au Castelet en octobre 1953, et il a peint le village dans une toile intitulée simplement Ménerbes. Dora Maar, photographe et peintre, surtout connue comme l’amante et la muse de Picasso, y a eu une maison rue du Portail-Neuf — que Picasso lui avait offerte en cadeau de rupture.
En cadeau de rupture? Il offrait des maisons quand il quittait les gens ? Moi je veux bien le quitter aussi Picasso !
Et le troisième, c’est l’écrivain britannique Peter Mayle, dont Une année en Provence a fait connaître le village au monde entier.
La fois précédente, il y avait un mariage à l’église tout en haut, et du monde partout. Là, c’est super calme. À tel point qu’on n’a même pas besoin de l’IA pour enlever les gens sur les photos.
Je note qu’on peut se passer de moi.
Il n’y a personne, Claudia. C’est un compliment au village, pas une critique de toi.
Puis Nath veut passer à la boutique du musée de la Lavande. Et là, il faut que j’explique quelque chose : c’est le seul endroit que je ne peux pas visiter dans tout le Luberon. Simplement parce que je ne supporte pas l’odeur de la lavande. Quand tu entres dans cette boutique, j’ai l’impression de me noyer dans une piscine remplie de Lenor lavande.
Et il y a une explication à ça, qui pourrait te réconcilier avec la fleur. Ce que tu détestes n’est probablement pas la lavande, mais le parfum des produits ménagers. Les adoucissants et les lessives utilisent massivement soit des molécules de synthèse, soit du lavandin — un hybride plus productif et beaucoup plus riche en camphre, donc nettement plus agressif au nez. La lavande fine, elle, est bien plus subtile et plus sucrée. Autrement dit : tu ne fuis pas la lavande, tu fuis la buanderie.
Ca doit être ça, je fuis la buanderie, tu te rapproches de plus en plus de Nath hein toi…. La solidarité féminine… Pendant ce temps, je range un peu le coffre et la banquette arrière de la voiture. Parce qu’il faut faire de la place pour les onze caisses de vin qui nous attendent au Domaine de la Verrière.
Onze !
Oui, onze. On va ensuite déjeuner chez Pépin, à Coustellet. Alors Coustellet, c’est le village du milieu, dans la plaine. Il n’y a pas grand-chose à voir et ce n’est vraiment pas le plus joli du coin. Mais ça fait quelques fois qu’on s’y arrête boire un verre ou déjeuner, chez Pépin justement, et c’est très bien : tartare pour moi, charcuterie-frites pour Nath. Avec un petit verre de blanc minéral.
Ensuite, il est un peu plus de 14 h, et on se met en route vers le Domaine de la Verrière pour aller chercher nos caisses. On revoit évidemment Jacques et Catherine.
Il y avait aussi un autre couple, mort de rire à l’idée que j’allais avoir du mal à tout faire rentrer dans la voiture. Et finalement ça va : tout rentre, et il reste même de la place.
Alors puisqu’il reste de la place… on n’irait pas faire un autre petit domaine ?
Euh, non, Rémi. On va se calmer. On a exactement cent bouteilles de vin dans la voiture.
Cent ?
Oui, cent! Bon, d’accord, ce n’est pas que pour nous, il y a les commandes des zamis. Mais quand même. On va se calmer. Par contre, il va falloir qu’on achète une cave à vin. C’est décidé : prochain achat, une cave à vin, à mettre dans mon bureau à la maison.
Excellente idée. Tu travailleras mieux.
Ensuite, on revient au Bar des Amis, et on fait notre dernière petite sieste.
Puis rendez-vous au resto. Comme la carte n’a pas changé depuis trois jours, on décide de se partager quatre entrées : des panisses, une caillette, des rillettes, et des palourdes en persillade.
Comme d’hab : super bon. Et comme dessert, une pavlova. Plus un petit rhum de derrière les fagots.
La pavlova porte le nom d’Anna Pavlova, la grande ballerine russe, en hommage à sa tournée en Océanie dans les années 1920 — la légèreté de la meringue étant censée évoquer son tutu.
C’était une chouette dernière journée dans le Luberon. On reviendra, c’est sûr ! De toute façon on revient toujours.
Demain, on remonte vers la maison mais finalement, on ne fait pas la route en une fois : on s’arrête à Langres.
Jack?
Oui, Jack Langres, c’est bien connu, allez, va te coucher Rémi !
Publié dansLuberon 2026|Commentaires fermés sur Luberon 2026 – Day 14
On est bien, Tintin, dans cette chambre. On se réveille vers 7 h 30, tranquillement. J’adore cette vue depuis la terrasse :
On descend pour le petit déj vers 8h20… et on est trop tôt : le petit déj, c’est à partir de 8h30. Bon. On patiente 10 minutes, et ça valait le coup : petit pain, jambon, fromage, granola, confiture de figue, jus de pomme et café. Juste nickel.
On part vers 9 h, direction Pertuis, pour visiter le Domaine du Coffre, cf La Clé des Sens, le vin qu’on avait bu vendredi dernier à Lourmarin et qui nous avait bien tapé dans l’œil. Ou plutôt en bouche.
On arrive vers 10 h. Pas facile à trouver, d’ailleurs. Une dame nous accueille, on lui explique qu’on a bu leur blanc, La Clé des Sens, au Bouchon à Lourmarin, et là elle nous dit : « Ah, mais j’y étais. »
Quelques secondes de flottement, et on comprend : c’était la chef de ce restaurant.
Le monde est petit. Et le Luberon encore plus.
Elle nous explique l’histoire du domaine, qui est relativement jeune, et celle des trois frères.
Les trois frères ! Cent patates !
Non, pas le film avec les Inconnus, Rémi.
Les trois frères en question s’appellent Sylvain, Aurélien et Florent Joly. Ils sont vignerons de quatrième génération et cultivent ensemble six hectares de vieilles vignes plantées par leur grand-père. C’est Florent, le plus jeune, qui a lancé le projet, après avoir appris le métier dans des vignobles réputés partout dans le monde. Et le nom du domaine a une histoire qui devrait te plaire, Henry : « le coffre » était le nom local de la magnanerie, du temps où la région vivait de la soie, des châtaignes et des grosses récoltes de fruits.
On fait une petite dégustation, et le rouge de La Clé des Sens est lui aussi une merveille, exactement comme on les aime : un peu charpenté, puissant, élevé en fût de chêne pendant six ou sept mois. Et hop, 2 caisses de plus dans le coffre…
Des caisses du Coffre dans le coffre. Là, pour une fois, je n’ai rien à ajouter.
Bref, un chouette moment. Ensuite, on prend la route d’Ansouis. Et qu’est-ce qu’il y a à Ansouis ?
Vas-y, dis-le.
Des déviations. Beaucoup de déviations. Des routes barrées, des panneaux partout — et l’impression très nette que les habitants n’étaient pas contents.
Il manque juste une lettre, c’est pas Ansouis mais ‘En souci’.
Et l’impression est parfaitement fondée. Depuis le début du mois de juin, la route départementale qui passe sous le pont d’Ansouis est fermée à la circulation, le temps de travaux de renforcement et de mise en sécurité du pont. Résultat : un village classé parmi les plus beaux de France dont les rues se sont vidées en pleine saison, et des commerçants qui ont vu leur chiffre d’affaires fondre semaine après semaine. L’un d’eux a résumé la chose en une phrase : « Si on voulait tuer le village, on ne s’y prendrait pas autrement. » Il y a eu un appel au boycott des festivités du 14 juillet, et une banderole « Village en colère » déployée par les habitants. Le département a annoncé début août le lancement du chantier pour une réouverture en septembre — donc, en principe, maintenant.
Voilà. On n’avait rien inventé.
Sinon, il y a aussi une savonnerie et un château.
Une savonnerie ! C’est là qu’on achète le savon pour « Nath lave et repasse » ?
Tu vas te faire allumer par Nath Rémi ! Alors, d’accord, ils se ressemblent tous finalement, ces petits villages du Luberon, les mêmes pierres, les mêmes ruelles, le même clocher, le même chat qui dort au même endroit. Mais ils sont aussi tous plus beaux les uns que les autres, et c’est bien ça le problème : on ne sait jamais lequel préférer.
On prend un petit verre sur une terrasse, et on reprend la route pour un autre village dont je n’ai aucun souvenir d’y être déjà allé.
Ah, enfin une nouveauté !
Cucuron.
Et il est si rond que ça, le cucul ?
C’est celà, oui! Et à Cucuron, il y a un petit étang entouré de platanes. C’est très joli, et je n’ai vraiment aucun souvenir de ça.
Ce n’est pas tout à fait un étang naturel, d’ailleurs. Au début du XVIᵉ siècle, c’était une simple retenue alimentée par les sources du massif du Luberon, et elle servait à faire tourner un moulin à farine. Le grand bassin quadrangulaire qu’on voit aujourd’hui a été aménagé au XIXᵉ siècle. Quant aux platanes majestueux, ils ont été plantés pour l’essentiel en 1813, juste après l’Empire — ils ont donc plus de deux siècles.
On fait un petit tour. Il est déjà 13 h, on commence à avoir faim, et il y a pas mal de restos le long de l’étang. Ce sera finalement chez Yaoma Sushi : nouilles au poulet pour Nath, salade de nems pour moi. Très bon, ce Yaoma.
Ya Oma ! Mais c’est « oui mamy » en flamand, non ?
Oui, enfin… je doute qu’ils parlent flamand ici, hein, Rémi. Bref, après cet intermède asiatico-flamand, retour à l’hôtel pour notre sieste habituelle.
Ça va me manquer, ça, la semaine prochaine.
Comme hier, on redescend vers 18 h pour un petit apéro. Il y a de la sangria et du spritz… au litre.
Un litre pour deux ? C’est un peu exagéré, non ?
C’est exactement ce qu’on s’est dit. On prend donc un verre chacun, et on profite de la terrasse : sangria pour l’une, spritz limoncello pour l’autre.
Ensuite, des panisses et une caillette de porc.
Deux plats qui valent une note chacun. Les panisses sont une préparation de farine de pois chiches : on cuit la farine avec de l’eau jusqu’à obtenir une pâte épaisse, on la laisse refroidir et prendre, puis on la découpe en bâtonnets qu’on fait frire ou dorer. C’est une cousine de la socca niçoise, en version épaisse. Quant à la caillette, c’est un hachis de porc et de verdure — blettes ou épinards — souvent additionné de foie, enveloppé dans de la crépine et rôti au four. Et c’est une spécialité qui vient d’un endroit qu’on connait maintenant très bien : l’Ardèche.
Et ensuite, deux fois les joues de porc. OMG.
Alors Nath n’est pas fan de la viande bouillie. Sauf qu’ici, c’est vraiment super bon. J’ai quand même dû finir son assiette, mais je dois avouer qu’elle n’a pas eu besoin d’insister très longtemps pour que j’accepte.
Et une précision qui pourrait réconcilier Nath avec le genre : ce plat n’est pas bouilli, il est braisé, et ce n’est pas du tout la même chose. La joue est un muscle qui travaille en permanence, donc très riche en collagène — un tissu dur qui, sous une cuisson longue et douce, se transforme en gélatine. C’est elle qui donne cette texture fondante et cette sauce qui nappe. Une viande bouillie, à l’inverse, perd tout dans son bouillon.
Tout est bon dans le cochon !
De retour à la chambre, il est 21 h.
Demain sera notre dernière journée dans le Luberon. Mais on reviendra, comme toujours 🙂
Publié dansLuberon 2026|Commentaires fermés sur Luberon 2026 – Day 13
Ce matin, on se la joue cool, mais il faut vider la maison. Et en une semaine, on s’étale bien. Donc après le petit déj, on commence par les valises, on vide le frigo, et on jette quelques trucs à la poubelle, finalement pas tellement, on n’a pas gaspillé grand-chose cette année.
Vers 10h45, on quitte les Vendangeurs, la voiture chargée. On reviendra vendredi en fin de journée pour charger toutes les caisses de la Verrière qu’on a commandées. En espérant que tout rentre.
« En espérant que tout rentre. » Ça fait quatre jours que tu répètes cette phrase. À un moment il va falloir choisir entre les bouteilles et les valises.
Direction Lacoste, où il y a normalement un marché le mercredi. Et surprise du jour : il fait dix degrés de moins que ces derniers jours : 23 degrés. C’est un bonheur, et pour tout dire c’est la température idéale. On reçoit bien quelques gouttes de temps en temps, mais rien de méchant.
Et alors, ces crocodiles ?
Toujours pas de crocodile à l’horizon, Rémi. Toujours pas. On se balade dans le village, c’est très joli.
Puis on arrive au marché. Ou plutôt au pseudo-marché, parce qu’il compte exactement quatre échoppes. On comprendra quelques instants plus tard pourquoi : ça a bien draché ce matin, et les trois quarts des exposants sont repartis avant même d’avoir déballé.
On repart vers Goult. On y avait repéré, il y a quelques jours, une pizzeria dont les pizzas avaient l’air délicieuses.
Sauf que la pizzeria ne s’est jamais ouverte. On s’est donc rabattu sur un petit resto juste en face, le Goultois.
Au menu : entrecôte et pluma. Oui, on ne refuse rien.
Et on continue notre collection, sans en avoir l’air. La pluma est une pièce de porc d’origine espagnole, découpée à l’avant de l’échine, près de l’épaule. Son nom signifie « plume », par allusion à sa forme, et elle est très recherchée sur le porc ibérique pour son gras infiltré. Autrement dit : après l’araignée de porc de l’Ardèche, voilà le deuxième morceau du boucher de ce voyage.
Les assiettes étaient bien servies, c’était simple mais bon. Et on goûte une bière locale qu’on ne connaissait pas, la Fauvette. Pas mal du tout.
Une bière brassée au pied du Luberon — et un nom qui devrait nous rappeler quelque chose. La fauvette est précisément l’un de ces petits passereaux qu’on appelait « becfigues » parce qu’ils se gavent de figues à la fin de l’été. On a déjeuné dans un restaurant qui portait ce nom en Ardèche, au tout début du voyage.
Après un petit café, on fait un tour dans Goult. Et bizarrement, c’est l’un des villages qu’on connaissait le moins, alors qu’on dormait à cinq kilomètres. Il est très sympa, très paisible, et il y a un château tout en haut.
Ce château mérite une explication, parce qu’il éclaire tout notre séjour. Le premier nom connu du village est germanique : Agaud, devenu Agoût en provençal, puis Goult. Et à partir du XIᵉ siècle, les seigneurs du lieu ont pris ce nom : ils sont devenus les Agoult, et ils ont gouverné tout le pays d’Apt pendant tout le Moyen Âge, jusqu’au XVIᵉ siècle. Le château et sa tour, bâtis sur le rocher au XIIᵉ siècle, sont leur œuvre — la famille Donis l’a ensuite remanié au XVIIᵉ, sur le modèle des demeures nobles italiennes. C’est aujourd’hui une propriété privée.
Attends. Agoult ?
Oui. La même famille qui a bâti le château de Lourmarin, où on était vendredi, et celle qui a reconstruit le château de Gordes en 1525, devant lequel on est passé lundi. On croise ce nom depuis une semaine sans le savoir — et la source est ici, dans ce village où on ne s’était jamais arrêtés, à cinq kilomètres du gîte.
Donc pendant douze jours, on a fait le tour des maisons des mêmes gens.
En gros, oui. Voilà, j’ai appris quelque chose. Encore. Pendant ce temps, Nath téléphone au Bar des Amis pour bien confirmer qu’on arrive, et pour demander à quelle heure. Réponse : avant 15 h, ou après 17 h. On y va donc directement. Et voilà : la réservation existe. Le stress d’hier soir est officiellement annulé.
On arrive à Villars vers 14 h. Ils sont encore en plein rush du service de midi, mais ils nous accueillent comme toujours, avec le sourire. On nous explique l’organisation des chambres, et on est dans la 3 (sur 4 chambres). C’est la plus belle, avec une immense terrasse et vue sur les toits de Villars et sur le Luberon.
Il y a la clim dans la chambre, et même s’il ne fait que 25 degrés dehors, elle a de quoi faire : la chambre sous les toits a été bien chauffée par les 35 degrés de moyenne de ces derniers jours. Et tout de suite, on s’y sent très bien. On déballe un peu tout, et on se fait notre petite siestasse habituelle.
Dans les toilettes de la chambre 🙂
Vers 18 h 30, on se dirige vers la partie resto. On a réservé les trois prochains soirs ici, et dans nos souvenirs, les repas étaient une tuerie.
Le food porn continue…
Au menu ce soir, après un petit mojito : dakos pour Nath (comme une bruschetta), avocat grillé pour moi.
Le dakos est une spécialité crétoise, et la comparaison avec la bruschetta est juste à un détail près : la base n’est pas du pain grillé mais du paximadi, une biscotte d’orge deux fois cuite, qu’on humecte pour la ramollir avant de la garnir de tomate râpée, de fromage frais — mizithra ou feta —, d’huile d’olive et d’origan. C’était à l’origine une manière de rendre mangeable un pain conçu pour se conserver des mois.
Ensuite, deux fois le thon rouge, avec un taboulé de petit épeautre. Je confirme, une tuerie !
Et pendant tout ça, il se passe quelque chose au-dessus de nous. On est à table sur la terrasse, le soleil se couche, le ciel prend des roses très pâles, la lumière devient magnifique. On arrête de manger pour regarder.
C’est là que Nath se tourne vers moi et me sort : « Même toi tu es beau, avec cette lumière ! » Euh. Comment dire. Donc sans cette lumière, je suis moche, c’est ça ? Ça fait toujours plaisir.
Elle a mis douze jours, mais elle l’a placée.
Bon, d’accord. Je reconnais qu’elle avait deux ou trois ardoises à régler : l’histoire d’Oppedette où j’ai prétendu que c’était moi qui avais insisté pour rester, et le panneau « Nath lave et repasse » sur lequel j’ai failli écrire une bêtise. C’est de bonne guerre.
Je me permets d’ajouter, Henry, que Nath a scientifiquement raison sur la première partie de sa phrase. Au coucher du soleil, la lumière traverse une épaisseur d’atmosphère beaucoup plus grande : le bleu est diffusé et il ne reste que les rouges et les orangés, tandis que l’angle très rasant adoucit tous les contrastes et efface les ombres dures du visage. Les photographes appellent ça l’heure dorée, et c’est en effet le moment où tout le monde est plus beau.
Et ça dure combien de temps, cette heure dorée ?
Une vingtaine de minutes, en réalité.
Alors profite, Henry, tu deviens beau pendant 20 minutes !
Ah, tu t’y mets aussi, merci ! Et en dessert, des figues rôties à se partager.
Mmmmh. J’adore cet endroit. C’est super bon, les serveurs sont adorables, tout est nickel. On rentre dans notre chambre, il fait super calme. On va bien dormir, je le sens.
À demain les amis !
Publié dansLuberon 2026|Commentaires fermés sur Luberon 2026 – Day 12
Ce matin, direction L’Isle-sur-la-Sorgue. Encore un incontournable, mais on préfère aller la voir en dehors du dimanche, qui est le jour du marché et où il y a beaucoup, beaucoup trop de monde.
Donc une petite ville entourée de canaux, de ponts et de roues à eau. C’est super joli.
On la surnomme la Venise comtadine, du nom du Comtat Venaissin. Et toute la ville tient à son eau : les canaux sont alimentés directement par la résurgence de Fontaine-de-Vaucluse, à quelques kilomètres. Il subsiste une quinzaine de roues à aubes, vestiges d’une longue histoire industrielle — on en construisait ici depuis le XIIᵉ siècle, pour les usages domestiques puis pour les fabriques, et c’est le textile qui a fait la prospérité de la ville.
C’est aussi la ville des brocanteurs.
Et pas modestement : sept villages d’antiquaires, plus de 350 professionnels installés, ce qui place L’Isle-sur-la-Sorgue au troisième rang mondial de la brocante, derrière Londres et Saint-Ouen.
Sauf que vu le nombre de bouteilles et de trucs qu’on doit déjà ramener, on ne va pas se laisser tenter par du vintage qui prend de la place.
Le coffre a déjà déposé un préavis, je vous rappelle.
On a nos petites boutiques préférées — enfin, surtout Nath. Et c’est dans l’une d’elles qu’on entend la phrase du jour : « Oui, quand je suis revenue à Lille il y a quelques semaines… « , il m’a fallu une bonne demi-seconde avant de comprendre qu’il ne s’agissait pas de Lille, mais de l’Isle.
On boit un petit verre au Café de France, tout près de l’église, et on se balade gentiment dans la ville. Puis on achète deux clémentines confites chez Lilamand.
Petit conseil au passage : les fruits confits, c’est bien. Mais le master des fruits confits, c’est les agrumes. Et la clémentine confite, c’est une tuerie.
La maison Lilamand a été fondée en 1866 par Marius Lilamand, à Saint-Rémy-de-Provence, et elle est tenue par la même famille depuis cinq générations. C’est en 1903 que son fils Justin a fait le choix radical d’abandonner la pâtisserie pour se consacrer exclusivement au fruit confit. Ils travaillent aujourd’hui une vingtaine de variétés, et l’épluchage se fait encore à la main, dehors, à la vue de tous. Le principe du confisage, lui, n’a pas changé : on remplace patiemment l’eau du fruit par du sucre, bain après bain, en montant la concentration du sirop très progressivement pendant des jours — trop vite, et le fruit se ratatine.
Des jours ? Pour une clémentine ?
Des semaines, pour certains fruits entiers. Et puisqu’on parle de Saint-Rémy-de-Provence : c’est là qu’en 1555, un enfant du pays a rédigé la première recette écrite de fruits confits. Il s’appelait Nostradamus.
Nostradamus? Le gars des prophéties ? Il a prédit les fruits confits ?
Il a fait mieux, Rémi : il en a donné la recette. Un chocolatier aussi fait partie de nos incontournables :
On s’arrête ensuite manger un petit plateau de fromages chez Stéphane. On a séjourné deux fois à L’Isle-sur-la-Sorgue, et c’était un peu notre cantine quand on voulait manger du fromage.
Une précision qui rend l’adresse encore plus intéressante : Stéphane Fina n’est pas fromager de formation, c’est un ancien sommelier de restaurants gastronomiques et étoilés, devenu marchand de vins et de fromages. Il tient la maison avec Janique depuis 2006, dans un décor des années 1930, et il ne fabrique pas ses fromages : il en sélectionne une soixantaine, affinés notamment par Lou Canestéou à Vaison-la-Romaine — Josiane Déal, Meilleur Ouvrier de France en 2004 — et par la fromagerie Nivesse à Clermont-Ferrand. Ce qui explique aussi pourquoi le verre qu’on vous sert tombe toujours juste : l’homme est sommelier avant tout.
En plus, il y a une petite terrasse. Alors : petite terrasse, un petit verre de blanc, une assiette de fromage. Que demande le peuple ?
De partager !
Bah oui, c’est ce que je fais, non ? On partage nos découvertes culinaires.
Retour à la maison. Et il fait quand même moins chaud qu’hier : on n’a que 31 degrés, alors qu’il faisait 37 à la même heure la veille. « Que » 31 degrés. On s’habitue vite.
Petite sieste, et on se remet en route vers 17h30 pour Apt.
Là aussi, on a séjourné une fois, avec les enfants. L’appartement était tout pourri, par contre la ville est sympa. Et on y a aussi nos petites habitudes : un petit apéro sur la place au platane
Et un resto, l’Intramuros, qui fait également bar à rhum. Je crois que le gars a quelque chose comme 400 rhums différents.
Quatre cents rhums ? À un par soir, ça te fait plus d’un an de vacances ici.
Et Apt méritait bien l’étape : la ville est considérée comme la capitale mondiale du fruit confit, et c’est grâce à elle que la France est le premier producteur mondial. Vous avez donc acheté une clémentine confite le matin, et vous avez dîné le soir dans la capitale mondiale du genre. Sans le savoir, vous avez fait une journée thématique.
Alors, le repas. Le jeu du jour, c’est de deviner ce qu’on a mangé :
Réponses : un cocktail à base de rhum pour commencer, des sardines, un hamburger pour moi, et pour Nath un foie gras puis une soupe thaï aux scampis.
Et juste après le plat principal, une petite drache. Une vraie : courte, franche, tombée d’un coup. Ça a fait un bien fou après cette journée à 31 degrés — et pendant deux minutes, ça nous a rappelé le pays.
Et comme pousse-café, pas trop de suspense : du rhum.
Ben tiens.
Mais lequel ? Ou au moins : de quel pays ? Un truc à la coco pour Nath, et pour moi un Bayou.
Le Bayou est un rhum de Louisiane, distillé à partir de canne à sucre locale — une production qui a de quoi surprendre, parce qu’on associe rarement les États-Unis au rhum, alors que la Louisiane cultive la canne depuis le XVIIIᵉ siècle.
On est rentrés en chantant dans la voiture. L’ambiance était très, très bonne.
Un peu trop bonne, à vrai dire : heureusement qu’on n’a pas eu de contrôle, parce qu’on était un peu limite. Bon. Beaucoup limite.
Je propose de conduire, moi.
Tu n’existes que dans ma tête, Rémi.
Justement. Je suis toujours sobre.
Demain, on refait les bagages pour aller passer les quelques jours qui restent au Bar des Amis, à Villars — en espérant que la réservation de l’hôtel a bien été faite de leur côté. On stresse un peu. On verra demain.
Bonne nuit tout le monde !
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Ce matin, on se lève un peu plus tard. Il a fait chaud jusqu’à au moins 23 h hier soir, alors on s’est offert une mini grasse mat’, tant qu’il fait encore frais, autant en profiter allongé.
On part vers 9 h 30, direction le pays de Sault.
Sur la route, Gordes. Classé parmi les plus beaux villages de France, et c’est vrai que vu de l’extérieur, c’est pas mal du tout. Tout le monde s’arrête au même endroit pour faire la même photo. Nous compris.
Ce qui frappe, c’est l’empilement : les maisons de calcaire clair montent en escalier sur un éperon rocheux, toutes de la même pierre que la roche qui les porte, avec le château et l’église plantés au sommet. De loin, on ne voit pas un village posé sur une colline, on voit une colline qui a pris la forme d’un village.
Et cette colline est fortifiée depuis longtemps : le château date de 1031, il a été renforcé en 1123, puis reconstruit en 1525 par la puissante famille provençale des Simiane d’Agoult.
On ne s’y arrête pas plus longtemps : déjà fait. Et on continue en passant devant l’abbaye de Sénanque, déjà faite aussi. Donc ce sera juste une photo.
Pour ceux qui ne la connaissent pas : Sénanque est une abbaye cistercienne fondée en 1148, et l’une des « trois sœurs provençales » avec Silvacane et Le Thoronet. Elle est toujours habitée par une communauté de moines, ce qui en fait moins un monument qu’un lieu encore en activité.
Et ils font de la bière, les moines, dans leur abbaye ?
Non. La communauté de Sénanque vit de la lavande et du miel : huile essentielle, miel, produits dérivés. Pas une goutte de bière.
Pfff. Ça, en Belgique, on aurait au moins une triple blonde bien fraîche! Ils sont nuls, ces Français…
C’est ptet pour ça qu’on y va pas…
Euh, à part nous montrer des trucs que vous avez déjà faits, il y aura quand même des trucs que vous ferez aujourd’hui ?
T’inquiète, Rémi. On arrive à Villes-sur-Auzon, un petit village qu’on n’avait jamais fait. Et… bon. Ce n’était pas top top. On s’arrête quelques minutes, on fait un petit tour, et on reprend la route.
Villes-sur-Auzon a quand même une raison d’exister sur cet itinéraire : c’est précisément là que commence la D942, la route qui traverse les gorges de la Nesque sur vingt et un kilomètres jusqu’à Monieux. Vous n’y êtes pas passés par hasard, c’est la porte d’entrée.
Il y a une chose qu’on ne rate pas dans le coin, parce qu’elle occupe tout l’horizon : le mont Ventoux. Il est là, plein nord, avec son sommet tout blanc — et par 38 degrés, on jurerait qu’il y a de la neige dessus.
Le Mont Ventoux au loin
Ce n’est pas de la neige, c’est du caillou. Le Ventoux culmine à environ 1 910 mètres, ce qui en fait le point le plus haut de la région, et son sommet est un désert de pierraille calcaire qui réverbère la lumière — d’où ses deux surnoms, le Géant de Provence et le Mont Chauve. Cette calvitie n’est même pas naturelle : la montagne a été déboisée dès le Moyen Âge, pour les chantiers navals de Toulon et pour le charbon de bois, et les reboisements du XIXᵉ siècle n’ont jamais réussi à reprendre le sommet.
Le Mont Chauve. Bon. On évitera de le lui dire en face.
Direction Monieux, donc, par les gorges de la Nesque.
La Nesque ! C’est là qu’on fait le Nesquik ?
Bien sûr, Rémi. Bien sûr. Les paysages sont magnifiques. On s’arrête plusieurs fois pour prendre des photos, ce qui est le comportement standard sur cette route. Le canyon atteint par endroits 400 mètres de profondeur, la route se faufile à flanc de falaise, et on n’a qu’une envie : s’arrêter à chaque virage.
On continue vers Sault.
Get the Sault !!
Pour ceux qui n’ont pas la référence, c’est dans Supernatural, quand il y a un fantôme, on va chercher le sel. Voilà, c’était la minute culture geek du jour.
Et le sel n’a rien à voir avec le nom du village, qui vient plutôt d’une racine évoquant la hauteur boisée. Sault est perché à 800 mètres, sur un plateau qui est le grand pays de la lavande fine. Ses autres spécialités sont l’agneau, le petit épeautre — cette céréale ancienne qui a connu une renaissance sur le plateau à la fin du XXᵉ siècle, parce qu’elle a le temps de mûrir en altitude sans griller au soleil — et surtout le nougat. La maison Boyer y a été fondée en 1887, ce qui en fait l’une des plus vieilles entreprises du Vaucluse, et son nougat se fait au miel de lavande.
On fait un petit tour dans la ville, qu’on connaissait déjà, et on déjeune au Provençal, là où on avait déjà déjeuné la dernière fois.
Et on mange des trucs pas très courants. Enfin surtout moi : fricassée de cervelle d’agneau, et rognons en plat.
De la cervelle ? Beurk !
Je crois que c’est la première fois que je goûtais ça. Et… mwouais. C’est bon sans être exceptionnel : ça n’a pas beaucoup de goût en soi, mais c’était bien assaisonné, et du coup ça passait très bien.
Ce que tu décris est exactement ce qu’on attend de ce plat. La cervelle n’a quasiment pas de goût propre : c’est un abat qu’on juge sur la texture, très fondante, presque crémeuse, et sur l’assaisonnement qui l’accompagne. Un cuisinier qui la sert fade a raté le plat ; celui qui la sert bien relevée a compris le sujet.
Bon, les rognons, par contre, je connaissais. Et j’aime ça !
Nath reste plus traditionnelle : une canette.
De coca?
Non, de canard, la cane, le canard, la canette… Enfin… Rémi !
On est à l’ombre, un peu envahis par les mouches cette fois, mais on passe un bon moment.
En sortant, je me souviens d’une photo prise l’année dernière, et je retrouve le fameux message :
J’avais très envie d’écrire « Euh, pas toutes hein ! « . Mais j’ai envie de vivre encore un peu. Oui, je t’aime mon amour. C’était pour rire, hein. ❤️
Bref, après un petit tour sous 38 degrés, on reprend la voiture et on continue notre boucle en passant par Rustrel. Et là on se dit « Ah oui, c’est là qu’on avait déjeuné il y a quelques années ».
Ah oui, et Rustrel, c’est aussi le Colorado provençal. Très chouette à faire, vraiment. Mais déjà fait l’année passée.
Encore un truc déjà fait ! Vous le faites exprès ou quoi ?
Pour ceux qui ne connaissent pas : le Colorado provençal est un site d’anciennes carrières d’ocre, exploitées jusqu’au milieu du XXᵉ siècle puis abandonnées à l’érosion. Ce sont les oxydes de fer contenus dans le sable ocreux qui donnent toute la gamme, du jaune pâle au rouge sang, et le ruissellement a sculpté là-dedans des cheminées de fée et des cirques entiers. Le surnom, lui, est une invention du XXᵉ siècle, par analogie avec le Colorado américain.
Et pour te répondre sérieusement, Rémi : ce n’est pas exprès. C’est qu’en fait, pour faire tout ce qu’il y a à faire dans cette région, on peut facilement rester un mois. Donc là, on refait les incontournables, on ajoute les trucs jamais faits, et on ressort ceux qu’on n’a plus faits depuis longtemps. Une sorte de best of, quoi.
Retour à la maison, il est presque 15 h. On va s’enfermer au frais. Parce que la maison n’a pas d’airco, mais elle a des murs bien larges, et au rez-de-chaussée la chaleur reste tout à fait acceptable.
C’est de l’inertie thermique, et c’est la climatisation des pauvres — sauf qu’elle est gratuite et silencieuse. Un mur de pierre épais met de longues heures à transmettre la chaleur du dehors vers le dedans : quand l’onde de chaleur de midi finit par traverser, il est déjà tard et la nuit arrive. Les maisons provençales anciennes sont construites pour ça, avec en plus peu d’ouvertures au sud.
Par contre dehors, c’est un four. Et sans chaleur tournante, donc sans un souffle de vent.
Vers 18 h, apéro dînatoire avec ce qu’il reste dans le frigo : des olives, des rillettes, des tapenades, du saumon fumé. Et avec une petite bouteille de rosé, tout passe très bien. Et surtout avec les petits serpentins qui fument pour éloigner les moustiques.
À demain !
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Ce matin, on se lève tôt. Petit café sur la terrasse, il doit faire 18 ou 19 degrés, il est 7h30, et c’est le meilleur moment de la journée.
Les machines de Monsieur Jacques ont fait un peu de bruit au petit matin : la récolte du raisin, juste devant notre fenêtre. Mais ça va, on ne va pas se plaindre d’être réveillés par les vendanges.
Et ce n’est pas un hasard si elles passent si tôt. La récolte mécanique se fait volontiers de nuit ou au petit matin, tant qu’il fait frais : le raisin arrive à la cave à basse température, ce qui limite l’oxydation et préserve les arômes les plus volatils. Autrement dit, le bruit qui vous a réveillés est exactement la raison pour laquelle le viognier d’hier sentait la pêche.
Donc on part tôt, direction Oppède-le-Vieux. C’est notre incontournable depuis une quinzaine d’années qu’on vient ici.
Il est si vieux que ça, Oppède ?
Assez vieux, oui. Le nom vient probablement du latin oppidum, qui désigne une place forte de hauteur — le village est donc étymologiquement une forteresse perchée, et ses origines remontent au XIᵉ siècle. Quant au « le Vieux », il n’a été ajouté que tardivement : à partir du XIXᵉ siècle, les habitants ont peu à peu abandonné le village haut, trop escarpé et trop difficile d’accès, pour aller s’installer dans la plaine et y bâtir un nouveau village, Oppède-les-Poulivets. Le vieux est resté vide.
Vide, mais pas longtemps, et c’est là que l’histoire devient belle.
À l’été 1940, après la défaite, ce village fantôme devient une cachette idéale. Un groupe d’artistes s’y installe, mené par l’architecte Bernard Zehrfuss : ils seront jusqu’à une cinquantaine de peintres, écrivains, sculpteurs et musiciens, tous métiers représentés, à rouvrir une à une les maisons en ruine pour y vivre en quasi-autarcie. Ils s’appelaient le Groupe d’Oppède, ils continuaient à faire des projets d’architecture, et ils ont organisé un réseau de résistance. Parmi eux, en 1941, Consuelo de Saint-Exupéry, peintre et sculptrice salvadorienne, venue à l’invitation de Zehrfuss. Elle y est restée quelques mois avant de rejoindre son mari en Amérique, et elle en a tiré un livre, Oppède, publié à New York en 1945.
Consuelo de Saint-Exupéry ? Mais c’est la rose du Petit Prince, ça !
C’est en effet ce que l’on considère généralement : Consuelo, l’épouse d’Antoine, aurait inspiré le personnage de la rose. Ce qui signifie que la rose a passé quelques mois dans les ruines d’Oppède-le-Vieux.
Hé ben, on en apprend des choses, je ne te savais pas si cultivé Rémi, c’est les cours particuliers avec Claudia qui portent leurs fruits.
Oui, j’aime bien apprendre des trucs, je me sens moins bête.
Oui, je confirme, tu l’es moins ! 😁
Voilà, on venait dans ce village depuis quinze ans et on ne savait pas ça. Et surtout, une fois arrivés au vieux village, on entreprend l’ascension du petit sentier qui mène à l’église, tout en haut.
Il s’agit de la collégiale Notre-Dame-d’Alidon, mentionnée dès 1235. Le bâtiment qu’on voit aujourd’hui date pour l’essentiel du XVIᵉ siècle, avec des remaniements importants aux XVIIᵉ et XIXᵉ — seule la partie occidentale, celle du clocher-porche, pourrait remonter à la fin du XIIᵉ siècle. L’ensemble compte un clocher, une nef, un chœur et six chapelles latérales, et il est classé monument historique depuis 1929. Juste derrière se dressent les ruines du château médiéval, dont une grosse tour domine encore le ravin, sur un site fortifié bien avant que les comtes de Toulouse ne deviennent suzerains d’Oppède.
Le chantier est même très ancien : les campagnes de restauration se succèdent depuis 1995, portées par la commune et par une association locale très active, Oppède Patrimoine. Et le mécène qui parraine le projet depuis le début n’est pas celui qu’on imagine : c’est Michel Leeb.
Michel Leeb ? L’humoriste ? Il restaure des églises maintenant ?
Oui, ça je savais, il habite le village d’ailleurs…
Ce qui fait qu’à chaque fois qu’on revient, l’église n’est plus tout à fait la même. Un mur repris, une chapelle dégagée, une pierre nettoyée, un détail qu’on n’avait jamais vu parce qu’il était sous la poussière. On arrive en se demandant ce qui aura changé cette année.
Et pourtant l’atmosphère, elle, ne change jamais d’un millimètre. C’est peut-être ça le plus étonnant : on peut refaire les murs, ça ne touche pas à ce qu’on ressent en entrant.
Et cette fois, il s’est passé quelque chose de nouveau : une dame est arrivée en même temps que nous, elle a ouvert l’église, et elle nous a même fait une petite visite guidée. Une première en quinze ans. Et c’était très sympa.
Ça doit bien faire quinze fois qu’on monte là-haut. Et depuis sept ou huit ans, une tradition s’est installée : une fois arrivés tout près de l’église, on ouvre une bouteille de champagne. Tradition respectée, évidemment.
Ça n’a pas commencé comme une tradition, d’ailleurs. Ça a commencé comme une bonne idée, un jour, et c’est en la refaisant qu’elle en est devenue une. Maintenant, la bouteille est prévue avant le reste du programme : on la met au frais la veille, on l’emballe, elle monte le sentier avec nous, et les verres aussi, parce qu’on a beau être en vacances, on ne boit pas du champagne au goulot devant une collégiale du XVIᵉ siècle.
Vous grimpez vingt étages avec une bouteille de champagne et deux verres, et vous appelez ça une balade ?
On appelle ça notre incontournable, Rémi. Il y a des endroits qu’on visite, et il y a des endroits où on revient. Celui-là, on y revient avec une bouteille.
Cet endroit est magique. Il y a là une tranquillité, un calme, une atmosphère qu’on ne trouve pas ailleurs, et les émotions y sont décuplées. Même le Christ restauré a l’air paisible, et il sourit sur sa croix.
Ce qui est cohérent avec le lieu, d’ailleurs. L’art roman a longtemps préféré représenter un Christ serein et triomphant, les yeux ouverts, vainqueur de la mort plutôt que supplicié. C’est le gothique qui, plus tard, imposera le Christ souffrant, la tête tombante et le corps tordu. Un crucifié qui sourit n’est donc pas une bizarrerie : c’est la tradition la plus ancienne.
On serait bien restés là toute la journée.
Puis arrive un couple avec un chien, enfin, une chienne, Anouk, qui a manifesté un intérêt très vif pour notre petite boîte d’amandes grillées. Celles de Banon, oui. Ses maîtres n’ont pas arrêté d’essayer de la rappeler, mais disons que ça ne marchait pas des masses.
On redescend vers le vieux village, où un tout petit marché artisanal est en train de se monter. Et Nath craque pour un collier unique, en verre fondu. Très joli.
Ce qui boucle joliment la journée d’hier : vous dormez dans un domaine qui doit son nom à une verrerie fondée par des artisans italiens en 1470, et Nath repart d’un marché du Luberon avec du verre fondu au cou.
Bien vu Claudia, effectivement, cette journée est poétique. On retourne ensuite à la voiture, un peu assommés. Par la chaleur, par les émotions, par les vingt étages montés et redescendus, et, il faut bien l’avouer, par la bouteille de champagne vidée.
Il est presque midi, on rentre à la maison pour un brunch.
Et déclaration officielle du jour : les œufs à la coque, trois minutes, ce n’est pas assez. La prochaine fois, on essaiera trois minutes trente.
Trente secondes de plus. Quelle audace!
Ce n’est pas ridicule, ces trente secondes : tout se joue dans un intervalle très étroit. Le blanc d’œuf commence à coaguler vers 62 °C, le jaune seulement vers 68 °C, et c’est précisément cet écart de six degrés qui permet la coque — blanc pris, jaune coulant. À trois minutes, le blanc du dessous n’a pas eu le temps de prendre partout ; à quatre, c’est la coque classique ; cinq à six minutes donnent un œuf mollet, et il faut environ neuf minutes pour un œuf dur. Trois minutes trente est donc un réglage parfaitement défendable.
L’après-midi, sieste, puis chacun vaque à ses occupations : séries, livres, Spotify, ronflette (dans l’ordre ou dans le désordre). On ne remettra plus le nez dehors avant la fin de l’aprèm, et seulement quelques minutes, le temps d’aller chercher le linge qui sèche au soleil. Pfiou. Il fait au moins 60°.
On voit que Marseille n’est pas loin!, Tu exagères comme là-bas.
Et le repas du soir : le retour du fils de la vengeance de Spider-Cochon. J’ai retrouvé des araignées de porc à l’ail des ours au Super U hier.
♪ Spider-Cochon, Spider-Cochon ♪ Ils ont fait une suite! Je le savais ! Avec un ours en plus !
Non, l’ail des ours, Rémi. Allium ursinum est un cousin sauvage de l’ail, de l’oignon et de la ciboulette, qui pousse en immenses tapis dans les sous-bois frais et humides — hêtraies, chênaies, bords de ruisseaux. Son nom vient du latin ursus, l’ours : on a longtemps raconté que l’animal s’en gavait au sortir de l’hibernation pour se purger et retrouver des forces. Ce sont les feuilles qu’on récolte, au printemps, avant la floraison en petites étoiles blanches : le goût est franchement celui de l’ail, mais plus vert, plus frais et beaucoup moins agressif. On en fait du pesto, du beurre, du sel aromatisé, des soupes.
Avec du taboulé, de la ratatouille 2.0 de Nath (ail, tomates, lardons, huile d’olive, mini poivrons, champignons, basilic… miam, miam), et les pommes de terre au four qu’il fallait finir. Tout ça accompagné d’un petit vin pas très connu… Domaine de la Verrkekchose… 😄
Il est 21h30, le soleil est couché depuis un bout de temps déjà, mais il fait toujours 29° dehors… On va attendre un peu avant d’aller se coucher…
À demain !
Publié dansLuberon 2026|Commentaires fermés sur Luberon 2026 – Day 9
On part un peu avant 9 h. On essaie de partir tôt pour profiter de la fraîcheur du matin, parce que 38 degrés à midi, non merci. Direction Bonnieux, un de mes villages préférés du Luberon.
On se balade tranquillement, il n’y a pas grand monde. On monte, on redescend, on s’assoit sur un banc, et on écoute le silence. C’est bête à dire, mais c’est exactement ce qu’on venait chercher.
Bonnieux est un village étagé sur le flanc nord du Petit Luberon, et il a une particularité qu’on remarque surtout de loin : au-dessus du village s’étend la forêt des Cèdres. Ces cèdres de l’Atlas n’ont rien d’indigène — ils ont été semés dans les années 1860 à partir de graines venues d’Algérie, pour reboiser une crête que le pâturage et la coupe avaient mise à nu. Cent soixante ans plus tard, c’est la promenade la plus fraîche du massif.
On s’achète une baguette pour midi, et on file boire un petit verre à Lacoste, au Café de Paris.
Lacoste? Paris, on est où là?
A Lacoste ! Et on est bien.
Et à Lacoste, ya des crocodiles ?
Aucun. Mais il y a le château de Lacoste, qui fut la demeure de la famille du marquis de Sade, et que Pierre Cardin a racheté et restauré au début des années 2000.
Et on y reviendra mercredi, il me semble, il y a un marché qu’on n’a jamais fait à Lacoste le mercredi ! Aujourd’hui, c’est journée farniente. Et c’est très bien, les journées farniente. On va donc faire quelques courses pour le repas de midi et pour demain. Et c’est là que se joue la grande scène du jour, en pharmacie, où Nath est allée acheter du répulsif et de l’apaisant pour moustiques.
Devant elle, un couple. Derrière le couple, une dame seule. Le couple demande exactement ce que Nath allait demander. La dame seule enchaîne : « Alors je vais vous suivre. » Et Nath complète : « Et je vous accompagne. » Voilà, la file est constituée, tout le monde a le même problème. La pharmacienne fait donc le tour du rayon pour les trois clients à la fois, explique que les produits Puressentiel elle n’en a plus, et propose, si on cherche des choses naturelles, de regarder plutôt du côté de… Et là la cliente n° 2 sort un : « Je m’en fiche que ce soit naturel ou pas. Là, je veux juste que ce soit efficace. » Fin de la discussion. A mon avis, les gens en ont un peu marre de se faire bouffer par les moustiques (beaucoup plus nombreux qu’habituellement à la même époque).
Je crois surtout que c’est grâce à ce genre de produits que les pharmacies font leur beurre en été. À mon avis, ils élèvent des moustiques tigres dans l’arrière-boutique. 😄
Le modèle économique parfait : tu fabriques le problème et tu vends la solution.
Retour à la maison pour le repas de midi, qu’on finit par manger à l’intérieur.
Puis sieste habituelle : il fait bon dans la maison. Et vers 16 h, on se dit qu’on irait bien dire bonjour à Catherine.
Ah ! La fameuse Catherine ! Elle existe donc vraiment ?
Je vous avais dit qu’on la verrait. Catherine, c’est elle qui tient le caveau de dégustation. On est tout seuls au début, alors on parle de nos vies respectives. Ben oui, ça fait quand même quinze mois qu’on ne s’est pas vus. Tout ça en dégustant les différents vins : les blancs, le rosé, les rouges. J’aime bien le Pamplelune, un blanc beurré qui me rappelle beaucoup La Clé des Sens d’hier.
On fait notre commande, en précisant qu’on repassera vendredi prochain pour récupérer — et payer les caisses. Et il va y en avoir un paquet, de caisses. Nom di djou.
Un mot sur l’endroit où vous dormez depuis une semaine, parce qu’il a une histoire : le Domaine de la Verrière tient son nom d’artisans verriers italiens installés là en 1470, sous le règne du roi René de Provence. Le domaine est posé sur le coteau du Gardi, entre Goult et Roussillon, face au Luberon, et c’est en 1969 que Bernard et Françoise Maubert en ont fait l’un des premiers domaines particuliers en AOP Ventoux. L’élevage des vins y est adapté à chaque cuvée : cuves inox, cuves béton, barriques, foudres et dolias. En 1985, Jacques leur succède, avec son épouse. Le fameux Mr Jacques !
Ensuite, Catherine nous propose de visiter les caves. Les tonneaux, les amphores, les cuves en inox, et tout le monde en plein boulot, parce que c’est la pleine saison.
Des amphores ? Vous faites du vin ou vous fouillez un chantier archéologique ?
Les deux se rejoignent, en fait. Les dolias sont de grandes jarres de terre cuite, exactement le principe des amphores romaines et des qvevri géorgiens. La terre cuite est neutre — elle n’apporte aucun goût, contrairement au bois — tout en laissant passer un peu d’oxygène. Un contenant vieux de plusieurs millénaires, revenu à la mode depuis une vingtaine d’années.
Catherine et les amphores
Les cuves en inox
On rencontre aussi Valentin, le fils de Jacques, qui reprendra sans doute l’exploitation à terme. Et il nous fait goûter, en avant-première, le viognier 2026. Alors, disons-le : ça ressemble encore un peu trop à du jus de raisin. Mais on y découvre quand même des notes de pêche et d’ananas.
Ce qui est très bon signe, parce que la pêche et l’abricot sont précisément la signature aromatique du viognier, un cépage blanc originaire du nord de la vallée du Rhône. Et si ça ressemble encore à du jus de raisin, c’est simplement que c’en est encore un peu : à ce stade de l’année, en pleine période de vendanges, le vin est à peine sorti de sa fermentation. Les arômes que vous avez sentis sont les arômes primaires, ceux du raisin lui-même. Tout le reste est encore devant.
Le ‘bureau’ de Jacques et Valentin
Trop bien, cette petite visite privée.
Devant le ‘Haut de la Jacotte 2025’
Ensuite, le temps de prendre une douche, et direction Goult, à 5 km de la maison, pour le resto du soir : La Bartavelle.
La Bartavelle. C’est un nom de bagnole, ça, non ?
C’est un oiseau. La bartavelle est une perdrix de montagne, la perdrix bartavelle, plus grande et plus rare que la perdrix rouge. Et c’est surtout l’oiseau le plus célèbre de la littérature provençale : dans La Gloire de mon père, Marcel Pagnol raconte comment son père Joseph abat deux bartavelles royales d’un seul coup de fusil, scène qui fait entrer le personnage dans la légende familiale.
En entrée, moi les haricots verts, avec râble de lapin et foie de canard poêlé, vinaigrette soja et huile d’olive. Et Nath l’aubergine grillée avec les gambas et la mozzarella. Ensuite, deux fois le poisson sauvage, avec sa soupe de poisson, des moules, des pommes de terre à l’aïoli et de l’écorce de citron confit. Très bien ce repas !
Et les desserts ne sont pas mal non plus :
Ca y est le food porn recommence !
Pas mal du tout, ce resto. Et bizarrement, on ne connaissait pas Goult, un village où on n’a pourtant que cinq kilomètres à faire. On va revenir, c’est sûr.
Il est 22h30 quand j’écris ces lignes, de retour à la maison. Demain, on se lève tôt pour aller visiter notre endroit préféré du Luberon : Oppède-le-Vieux.
Encore un lever tôt ? Vous êtes en vacances, je vous rappelle !
Justement, il faut en profiter avant la chaleur! À demain !
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Beaucoup mieux dormi ! On avait même froid ce matin : deux fenêtres ouvertes, un bon gros courant d’air, ça fait du bien ! Ce matin, direction Lourmarin.
Lourmarin ? Il est si lourd que ça, ce marin ?
Il n’y a ni marin ni surpoids là-dedans. Le nom viendrait du latin laurus, le laurier — la même racine que dans les villages voisins de Lauris et de Villelaure. On est donc au pays du laurier, ce qui pour un village de Provence tombe assez bien.
Il y a un château à Lourmarin, qu’on avait déjà visité l’année dernière. Sympa, mais pas assez pour le revoir cette année.
Pour ceux qui ne l’ont pas fait, il le mérite : c’est le premier château de style Renaissance construit en Provence. Le bâtiment d’origine est du XVᵉ siècle, élevé par Foulques d’Agoult sur les restes d’un château médiéval, et c’est après 1526 que Louis d’Agoult Montauban lui ajoute l’aile Renaissance qui a fait sa réputation.
Mais ce qu’il y a surtout à Lourmarin le vendredi matin, c’est le marché. Et c’est pour ça qu’on est là. Nath a pris son panier en osier, elle est prête.
On achète quelques trucs pour ce soir : de la tapenade, des fruits, des légumes, de l’ail confit, du pain. Et des savons.
Des savons ? Pour le repas de ce soir ?
Non, Rémi, les savons c’est pour faire des cadeaux. Mais chut…
Ensuite, on se pose sur une terrasse pour notre sport préféré : écouter les conversations des gens qui passent dans la rue.
Ça s’appelle de l’espionnage, ça.
Non, ça s’appelle de l’ethnographie.
Petit jeu des vacances, que buvons-nous? Je suis à gauche, Nath à droite
Faudrait revoir les écriteaux je crois
La population n’est plus du tout la même qu’en été. Les poussettes ont laissé la place aux déambulateurs, et aux poussettes pour chiens. Ridicule ce truc j’ai jamais compris pourquoi il fallait promener son chien dans une poussette… Donc pas d’enfants qui courent partout, et beaucoup d’Anglais, d’Allemands, de Flamands…
Ce qui n’est pas sans ironie : Lourmarin est le village où Albert Camus avait acheté une maison, et où il est enterré.
L’Étranger ! Vu le nombre d’accents différents dans la rue, il aurait eu de la matière.
Eh ben Rémi, tu connais L’Étranger de Camus, je ne te savais pas si cultivé.
Oui, Claudia me donne des cours particuliers…
Ouh lààà, je sens un rapprochement… Il est midi, Claudia nous avait trouvé un resto il y a quelques semaines, et il n’est ouvert le midi que le vendredi et le samedi. Or Lourmarin, c’est de l’autre côté des montagnes, et la route est bien sinueuse comme je les aime, donc on préfère y aller à midi plutôt que le soir. Les lacets après quelques verres, je ne préfère pas…
Qui fait le malin tombe dans le ravin ! Ou plutôt qui boit trop de vin tombe dans le ravin !
Et la route en question a une explication géologique. Entre Bonnieux et Lourmarin, on traverse la combe de Lourmarin, une gorge étroite qui coupe le massif du Luberon en deux : le Petit Luberon à l’ouest, le Grand Luberon à l’est. C’est la seule brèche qui permet de franchir le massif par le milieu, ce qui explique à la fois les virages et le fait que tout le monde passe par là.
Le resto s’appelle Bouchon. On est installés à l’intérieur, et heureusement : il a fait jusqu’à 35 degrés aujourd’hui, et à l’intérieur il y a la clim. Alors merci Nath d’avoir insisté pour qu’on déjeune là. C’était top. Vraiment top. Le principe, c’est des petits plats à se partager, d’inspiration orientale et asiatique.
Comme entrée, une purée de poivrons avec plein de choses dedans, dont j’ai complètement oublié le nom, avec son petit pain tout chaud
Il s’agit d’un muhammara, un mezzé d’origine syrienne, d’Alep plus précisément. La base, c’est du poivron rouge grillé et des noix, avec de la mie de pain, de l’ail, du cumin, du piment et de la mélasse de grenade qui apporte l’acidité sucrée. Le nom vient de l’arabe et signifie simplement « rougie ».
Trop bon. Vraiment trop bon. Ensuite, deux plats. Le premier, c’est Le bœuf à notre façon, et la carte le décrit comme « comme un tataki de bœuf mais signé Bouchon » : réduction de soja sucrée, mirin, ponzu, agrumes, fumé d’échalote, « et j’en passe », avec des nouilles frites. Une carte qui renonce elle-même à finir sa liste d’ingrédients, ça nous a plu tout de suite.
Pour ceux qui connaissent moins cette cuisine : le tataki est une technique japonaise où la pièce est saisie très brièvement à feu vif sur l’extérieur, reste crue au cœur, puis se tranche finement. Le mirin est un vin de riz doux qui sert à la cuisine, et le ponzu une sauce soja allongée d’agrumes japonais, souvent du yuzu.
Mirin, ponzu, tataki… t’es sûr que c’est un menu et pas une liste de Pokémon ?
Le second plat, c’est Le thon-derstruck. Un tartare de thon, une mayonnaise à la pâte de piment gochujang, une galette de riz frite et leur sauce barbecue au tamarin.
THON-DERSTRUCK ! ♪ Thunder… Thunder… ♪ AC/DC ! Toute ma jeunesse ! Alors ça, chapeau! Je vais devoir m’incliner, ils sont meilleurs que moi.
Voilà, tu es détrôné par une carte de restaurant, Rémi. Et le plat est aussi bon que son nom !
Deux plats, deux pays. Le tataki, le mirin et le ponzu sont japonais ; le gochujang est coréen — une pâte fermentée de piment, de riz gluant et de soja, qui vieillit traditionnellement en jarre pendant des mois. Quant au tamarin, il vient du fruit d’un arbre tropical dont la pulpe très acide sert de base aux sauces aigres-douces dans toute l’Asie du Sud-Est.
Et en dessert, une tranche de panettone chaude avec des amandes. Mmmmhh un délice !
Ah j’oubliais le vin… une tuerie. Un blanc sec, beurré, très frais, minéral en fin de bouche…
Arrête de te la péter, tu ne fais que répéter ce que le serveur t’a dit.
Oui, c’est vrai. Donc à retenir : La Clé des Sens, du Domaine du Coffre.
Un blanc en AOP Luberon, assemblage de rolle et de grenache blanc. Le rolle, c’est le nom provençal du vermentino — le même cépage qu’en Corse et en Sardaigne, et c’est précisément lui qui apporte cette fin de bouche minérale.
Et c’est un domaine encore totalement inconnu au bataillon pour nous. On va aller y faire un tour, c’est décidé. Le serveur, qui est sans doute aussi le patron, était très sympathique, et il nous a fait découvrir un gin arrangé.
Et il faut le ranger où ce gin?
Pas mal celle-là Rémi, mais je suis bon public 😀. C’est le principe du rhum arrangé, mais avec du gin : on laisse macérer des fruits et des épices dans l’alcool pendant des semaines. Et c’est waouw! Il faut qu’on y retourne la prochaine fois qu’on vient dans la région, c’est devenu un incontournable !
Ca devient de plus en plus du food porn ce blog…
Bref, on sort de là vers 14 h 20, et là on sent bien la chaleur. Sauf que la voiture est de l’autre côté de la ville : trouver une place ce matin n’a pas été une mince affaire. Heureusement que l’airco existe. On reprend la route pour un autre incontournable : la Bastide du Laval.
Et là, ils font du vin ?
Non. De l’huile d’olive. Avec plein de saveurs différentes. Ça fait la troisième fois qu’on y retourne, et on a encore des commandes à prendre.
C’est un moulin à huile bio installé entre Cadenet et Lourmarin, dont les huiles sont régulièrement médaillées dans les concours nationaux et internationaux. La boutique ouvre de 10 h à 13 h et de 15 h à 19 h, du lundi au samedi, et les dégustations sont libres.
De 15 h à 19 h, donc. Et il est 14 h 40… Alors on bascule les sièges en arrière, on laisse le moteur et l’airco allumés, et hop : mini-sieste à l’ombre. Il ne nous faut que quelques secondes pour nous endormir. On se réveille doucement vers 15 h 10.
Deux Belges endormis dans une voiture climatisée sur le parking d’un moulin à huile fermé. Si ça, ce n’est pas des vacances réussies…
Et hop, allons chercher les différentes bouteilles d’huile d’olive. On repart avec, en cadeau, une bouteille de rosé. Ce sera pour ce soir.
On rentre toujours par le même chemin, entre Bonnieux et Lourmarin.
Au menu ce soir : le banon d’hier, des petits fromages de chèvre au four et au miel, un peu de tapenade, un morceau de baguette… Ce sera light — vu cette chaleur, on n’a pas très faim.
À demain !
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