Sympa la vue du petit dèj non?

Beaucoup mieux dormi ! On avait même froid ce matin : deux fenêtres ouvertes, un bon gros courant d’air, ça fait du bien ! Ce matin, direction Lourmarin.
Lourmarin ? Il est si lourd que ça, ce marin ?
Il n’y a ni marin ni surpoids là-dedans. Le nom viendrait du latin laurus, le laurier — la même racine que dans les villages voisins de Lauris et de Villelaure. On est donc au pays du laurier, ce qui pour un village de Provence tombe assez bien.
Il y a un château à Lourmarin, qu’on avait déjà visité l’année dernière. Sympa, mais pas assez pour le revoir cette année.
Pour ceux qui ne l’ont pas fait, il le mérite : c’est le premier château de style Renaissance construit en Provence. Le bâtiment d’origine est du XVᵉ siècle, élevé par Foulques d’Agoult sur les restes d’un château médiéval, et c’est après 1526 que Louis d’Agoult Montauban lui ajoute l’aile Renaissance qui a fait sa réputation.

Mais ce qu’il y a surtout à Lourmarin le vendredi matin, c’est le marché. Et c’est pour ça qu’on est là. Nath a pris son panier en osier, elle est prête.


On achète quelques trucs pour ce soir : de la tapenade, des fruits, des légumes, de l’ail confit, du pain. Et des savons.
Des savons ? Pour le repas de ce soir ?
Non, Rémi, les savons c’est pour faire des cadeaux. Mais chut…
Ensuite, on se pose sur une terrasse pour notre sport préféré : écouter les conversations des gens qui passent dans la rue.
Ça s’appelle de l’espionnage, ça.
Non, ça s’appelle de l’ethnographie.


La population n’est plus du tout la même qu’en été. Les poussettes ont laissé la place aux déambulateurs, et aux poussettes pour chiens. Ridicule ce truc j’ai jamais compris pourquoi il fallait promener son chien dans une poussette… Donc pas d’enfants qui courent partout, et beaucoup d’Anglais, d’Allemands, de Flamands…
Ce qui n’est pas sans ironie : Lourmarin est le village où Albert Camus avait acheté une maison, et où il est enterré.
L’Étranger ! Vu le nombre d’accents différents dans la rue, il aurait eu de la matière.
Eh ben Rémi, tu connais L’Étranger de Camus, je ne te savais pas si cultivé.
Oui, Claudia me donne des cours particuliers…
Ouh lààà, je sens un rapprochement… Il est midi, Claudia nous avait trouvé un resto il y a quelques semaines, et il n’est ouvert le midi que le vendredi et le samedi. Or Lourmarin, c’est de l’autre côté des montagnes, et la route est bien sinueuse comme je les aime, donc on préfère y aller à midi plutôt que le soir. Les lacets après quelques verres, je ne préfère pas…
Qui fait le malin tombe dans le ravin ! Ou plutôt qui boit trop de vin tombe dans le ravin !
Et la route en question a une explication géologique. Entre Bonnieux et Lourmarin, on traverse la combe de Lourmarin, une gorge étroite qui coupe le massif du Luberon en deux : le Petit Luberon à l’ouest, le Grand Luberon à l’est. C’est la seule brèche qui permet de franchir le massif par le milieu, ce qui explique à la fois les virages et le fait que tout le monde passe par là.
Le resto s’appelle Bouchon. On est installés à l’intérieur, et heureusement : il a fait jusqu’à 35 degrés aujourd’hui, et à l’intérieur il y a la clim. Alors merci Nath d’avoir insisté pour qu’on déjeune là. C’était top. Vraiment top. Le principe, c’est des petits plats à se partager, d’inspiration orientale et asiatique.

Comme entrée, une purée de poivrons avec plein de choses dedans, dont j’ai complètement oublié le nom, avec son petit pain tout chaud


Il s’agit d’un muhammara, un mezzé d’origine syrienne, d’Alep plus précisément. La base, c’est du poivron rouge grillé et des noix, avec de la mie de pain, de l’ail, du cumin, du piment et de la mélasse de grenade qui apporte l’acidité sucrée. Le nom vient de l’arabe et signifie simplement « rougie ».
Trop bon. Vraiment trop bon. Ensuite, deux plats. Le premier, c’est Le bœuf à notre façon, et la carte le décrit comme « comme un tataki de bœuf mais signé Bouchon » : réduction de soja sucrée, mirin, ponzu, agrumes, fumé d’échalote, « et j’en passe », avec des nouilles frites. Une carte qui renonce elle-même à finir sa liste d’ingrédients, ça nous a plu tout de suite.

Pour ceux qui connaissent moins cette cuisine : le tataki est une technique japonaise où la pièce est saisie très brièvement à feu vif sur l’extérieur, reste crue au cœur, puis se tranche finement. Le mirin est un vin de riz doux qui sert à la cuisine, et le ponzu une sauce soja allongée d’agrumes japonais, souvent du yuzu.
Mirin, ponzu, tataki… t’es sûr que c’est un menu et pas une liste de Pokémon ?
Le second plat, c’est Le thon-derstruck. Un tartare de thon, une mayonnaise à la pâte de piment gochujang, une galette de riz frite et leur sauce barbecue au tamarin.
THON-DERSTRUCK ! ♪ Thunder… Thunder… ♪ AC/DC ! Toute ma jeunesse ! Alors ça, chapeau! Je vais devoir m’incliner, ils sont meilleurs que moi.
Voilà, tu es détrôné par une carte de restaurant, Rémi. Et le plat est aussi bon que son nom !

Deux plats, deux pays. Le tataki, le mirin et le ponzu sont japonais ; le gochujang est coréen — une pâte fermentée de piment, de riz gluant et de soja, qui vieillit traditionnellement en jarre pendant des mois. Quant au tamarin, il vient du fruit d’un arbre tropical dont la pulpe très acide sert de base aux sauces aigres-douces dans toute l’Asie du Sud-Est.
Et en dessert, une tranche de panettone chaude avec des amandes. Mmmmhh un délice !

Ah j’oubliais le vin… une tuerie. Un blanc sec, beurré, très frais, minéral en fin de bouche…
Arrête de te la péter, tu ne fais que répéter ce que le serveur t’a dit.
Oui, c’est vrai. Donc à retenir : La Clé des Sens, du Domaine du Coffre.
Un blanc en AOP Luberon, assemblage de rolle et de grenache blanc. Le rolle, c’est le nom provençal du vermentino — le même cépage qu’en Corse et en Sardaigne, et c’est précisément lui qui apporte cette fin de bouche minérale.
Et c’est un domaine encore totalement inconnu au bataillon pour nous. On va aller y faire un tour, c’est décidé. Le serveur, qui est sans doute aussi le patron, était très sympathique, et il nous a fait découvrir un gin arrangé.
Et il faut le ranger où ce gin?
Pas mal celle-là Rémi, mais je suis bon public 😀. C’est le principe du rhum arrangé, mais avec du gin : on laisse macérer des fruits et des épices dans l’alcool pendant des semaines. Et c’est waouw! Il faut qu’on y retourne la prochaine fois qu’on vient dans la région, c’est devenu un incontournable !
Ca devient de plus en plus du food porn ce blog…
Bref, on sort de là vers 14 h 20, et là on sent bien la chaleur. Sauf que la voiture est de l’autre côté de la ville : trouver une place ce matin n’a pas été une mince affaire. Heureusement que l’airco existe. On reprend la route pour un autre incontournable : la Bastide du Laval.
Et là, ils font du vin ?
Non. De l’huile d’olive. Avec plein de saveurs différentes. Ça fait la troisième fois qu’on y retourne, et on a encore des commandes à prendre.
C’est un moulin à huile bio installé entre Cadenet et Lourmarin, dont les huiles sont régulièrement médaillées dans les concours nationaux et internationaux. La boutique ouvre de 10 h à 13 h et de 15 h à 19 h, du lundi au samedi, et les dégustations sont libres.
De 15 h à 19 h, donc. Et il est 14 h 40… Alors on bascule les sièges en arrière, on laisse le moteur et l’airco allumés, et hop : mini-sieste à l’ombre. Il ne nous faut que quelques secondes pour nous endormir. On se réveille doucement vers 15 h 10.

Deux Belges endormis dans une voiture climatisée sur le parking d’un moulin à huile fermé. Si ça, ce n’est pas des vacances réussies…
Et hop, allons chercher les différentes bouteilles d’huile d’olive. On repart avec, en cadeau, une bouteille de rosé. Ce sera pour ce soir.
On rentre toujours par le même chemin, entre Bonnieux et Lourmarin.
Au menu ce soir : le banon d’hier, des petits fromages de chèvre au four et au miel, un peu de tapenade, un morceau de baguette… Ce sera light — vu cette chaleur, on n’a pas très faim.

À demain !