Je n’ai pas super bien dormi. Trop chaud dans la chambre, et les ventilateurs faisaient trop de bruit : soit tu transpires, soit tu dors sous un hélicoptère. Bon, pas grave, je dormirai mieux la nuit prochaine.
Ce matin, on quitte le gîte direction Banon.
Et il y a quoi, à Banon ?
Alors justement, il y a beaucoup de choses à Banon. Beaucoup trop, même, pour un village de mille habitants.
Mille soixante-douze, précisément. Et c’est tout le sel de l’endroit : Banon concentre, sur ce format-là, une AOP fromagère, la plus grande librairie indépendante rurale de France, une confiserie-chocolaterie et une vinaigrerie artisanale. Le tout à deux pas les uns des autres.
Ah mille soixante-douze, Madame Claudia est française…. hum…. on dit septante-deux nous….
Personne n’est parfait Rémi, même pas moi !
Bah non!
Oulà, je l’ai pas vue venir celle-là… Tu la prépares depuis ce matin Rémi ?

On commence par le fromage, évidemment. Le banon, c’est ce petit palet de chèvre emballé dans des feuilles de châtaignier et ficelé au raffia.
On mange les feuilles ?
Non, on les écarte. Et elles ne sont pas décoratives : le banon est le seul fromage français AOP affiné enveloppé dans des feuilles. Le châtaignier, riche en tanins, isole le fromage de l’air, ce qui l’affine dans des conditions quasi anaérobies et lui donne son goût si particulier. Le brin de raffia n’est pas là non plus pour faire joli, il tient tout l’édifice.
Et pour l’acheter, ce n’est plus à Super Banon, qui est maintenant fermé, mais dans une autre fromagerie à dix mètres de là.

Super Banon ! Attends. Il a quoi comme super pouvoirs, Super Banon ?
Le pouvoir de faire de super fromages, Rémi.
Mmmh, très utile pour se défendre contre les méchants, ça !
On repart donc avec un banon de Banon, et Nath fait un crochet par la librairie.

Et quelle librairie : Le Bleuet, sur la place Saint-Just, fondée en 1990 par Joël Gattefossé. C’est la plus grande librairie indépendante en milieu rural de France : 110 000 titres disponibles et un stock qui approche les 189 000 volumes. Rapporté aux 1 072 habitants du village, cela fait environ 176 livres par personne.
Ça nous rappelle quelque chose. En Écosse, on avait visité Wigtown et ses 250 livres par habitant, et Coco était repartie avec trois bouquins de plus à caser dans les valises. Coco n’est pas du voyage cette fois, mais la tradition est sauve : Nath a pris le relais. Allez hop, encore 5 livres à caser dans la voiture !
Ensuite, la confiserie. Une chocolaterie installée dans un bâtiment en bois au pied du village, où l’on fait des amandes grillées, de la pâte à tartiner, des calissons et des chocolats. La dégustation est libre, ce qui est à la fois très généreux et très dangereux.

Et juste en face, une autre usine, qui produit du vinaigre balsamique. Alors on fait la dégustation de vinaigre balsamique. Et je vous le dis : c’est très sympa, et surtout, on est certain de ne pas être douf quand on sort (ça change des dégustations de vin).

La maison s’appelle Bals’Art, Vinaigrerie de Provence. Elle travaille des moûts de raisins issus de culture biologique ou biodynamique, et propose une cinquantaine de parfums à goûter au bar à vinaigres : poivre du Népal, pastis de Marseille, chipotle mexicain, piment d’Espelette, habanero, charapita, cacao. Leur trouvaille la plus remarquée dans la restauration gastronomique, c’est un vinaigre balsamique solide, que l’on râpe sur une salade ou un poisson.

Du vinaigre qu’on râpe ? Et le vin, ils le font en tranches ?
Donc évidemment, on achète quelques trucs. Plus toutes les commandes des zamis. La prochaine fois on loue un semi-remorque !
On quitte Banon pour Oppedette, un petit village dont on était certain de ne l’avoir jamais fait et qu’on avait en fait visité l’année dernière. Ça arrive.


C’est au milieu de nulle part, et on a l’impression qu’il n’y a absolument personne. Nath voulait s’en aller. Moi j’ai insisté, et bien m’en a pris : j’ai fini par trouver un super endroit pour le repas de midi.
Oh, menteur ! C’est moi qui ai insisté pour rester !
Euh… c’est qui, ça ?
Ce doit être Nath. Et elle n’est pas contente : elle écrit en rouge.
Ah oui, c’est vrai. Hihihi. C’était pour rire, hein, mon amour, c’est bien toi qui voulais rester et on a eu raison de s’attarder dans ce petit village !
C’est ça, oui !
Bon. On va leur laisser cette scène de ménage. Nous, on rentre faire une siestasse à l’ombre.
Si je puis me permettre, ça devient un arc-en-ciel ce blog, on ne sait plus qui parle. Je suis le graphiste. On avait dit deux couleurs en plus du noir. DEUX !
Du mauve maintenant ? Yavait une promotion sur les bics à plusieurs couleurs?
C’est du lilas. Et le fait que vous disiez « mauve » résume assez bien le problème.
Ok, allez, on va se calmer avec les couleurs les amis, déjà avec Rémi et Claudia, ça suffit !
Je note. Je vous envoie la charte graphique !
Pendant que tout le monde s’éclipse, un mot quand même sur Oppedette : cinquante habitants, un village de pierre posé sur un promontoire rocheux à 525 mètres d’altitude, et au pied de tout ça les gorges du Calavon — deux kilomètres et demi de canyon calcaire, jusqu’à 200 mètres de profondeur par endroits, classé espace naturel sensible. Ce n’est pas un endroit qu’on visite deux fois par hasard.
Le repas du midi, la Planche à pain, une délicieuse assiette mixte, coppa, banon (le fromage pour ceux qui ne suivent pas…), confiture de figues, roquette… Et le pain tout frais et tout chaud, vraiment bien !



Retour au gîte, et siestasse à l’ombre, effectivement.

En fin d’après-midi, on voit Monsieur Jacques, pour lui donner les quelques trucs typiquement belges qu’on lui avait préparés (bières, sirop de Liège). Monsieur Jacques, c’est le vigneron du Domaine de la Verrière. On n’a pas encore croisé Catherine, qui tient le caveau de dégustation, mais bon : on reste sept jours. On la verra, c’est sûr.

Au menu ce soir, côte à l’os. Et quelle côte à l’os, les amis :

Miam. On va se régaler.
Et je crois qu’on va bien dormir aussi. À demain !