Ce matin, on remballe tout dans la voiture, on referme le four à pain, et on dit au revoir à Robert et Bertrand… ah non, pardon, à Laurent et Sébastien.
Robert et Bertrand ! Les deux clochards de la bande dessinée !
Oui bon, ça m’a échappé, ils étaient très gentils tous les deux, et ils ne ressemblaient pas du tout à des vagabonds flamands du XIXᵉ siècle. Voilà, c’est réparé. Et donc, au moment de charger le coffre, on se dit qu’on ferait bien une grotte.
Qui se dit ça au réveil, franchement ?
Attends. En Écosse, c’était châteaux sur châteaux. Au Portugal, églises sur églises. Et ici, c’est trou sur trou. Ya une carte de fidélité ? Dix grottes visitées, la onzième gratuite ?
C’est un peu vrai, en fait. Chaque voyage a son obsession, et celui-ci a choisi le sous-sol. Ce sera donc la grotte de la Salamandre, à une trentaine de kilomètres du gîte. Les visites partent toutes les heures. On arrive au parking à 9 h 50 pour celle de 10 h. On est bons, non ? Ben non. Il y a 750 mètres de sentier entre le parking et l’entrée de la grotte. On finit donc au petit trot, on arrive un peu en retard, mais on rattrape le groupe.
La grotte de la Salamandre se trouve à Méjannes-le-Clap, dans le Gard. Elle a été explorée en 1965 par des spéléologues, et elle n’est ouverte au public que depuis 2013 — ce qui en fait une toute jeune grotte touristique. Sa particularité, c’est qu’elle ne se visite pas en parcours : il n’y a qu’une seule salle. Mais quelle salle : environ 120 mètres de long, 80 de large, 40 de haut, près d’un hectare au sol, et plusieurs milliers de concrétions dont certaines, les « géants de cristal », montent à une trentaine de mètres.
Une seule salle, donc, mais on ne sait pas où regarder. On entre par une passerelle en hauteur, et la salle s’ouvre d’un coup sous les pieds. C’est très différent d’Orgnac : là-bas on descendait d’étage en étage, ici on est posé devant un seul volume gigantesque, éclairé comme une cathédrale.
Et pourquoi la Salamandre ? Ya des salamandres dedans ?
Ben oui, justement. Le nom vient de là, tout simplement : les premiers spéléologues qui sont descendus, en 1965, ont trouvé une salamandre au fond. Ils l’ont vue, ils ont trouvé ça beau, ils ont appelé la grotte comme ça. Une bestiole au bon endroit au bon moment.









Et l’autre particularité de l’endroit : dans cette salle, on peut faire de l’aéroplume.
Euh… c’est quoi ce truc ?
L’Aéroplume est un petit dirigeable individuel à ailes battantes, inventé par Jean-Pierre David. Un ballon gonflé à l’hélium, gréé de deux grandes ailes que le pilote actionne lui-même : pas de moteur, pas un bruit, et une vitesse de 5 à 8 km/h. Comme l’engin flotte exactement à l’équilibre, il suffit de battre des ailes pour se déplacer dans les trois dimensions — c’est de la nage plus que du vol, et les pilotes parlent d’ailleurs d’un poisson dans un aquarium géant. Le vol dure une vingtaine de minutes, et il est réservé aux gabarits de 40 à 80 kilos : au-delà, l’Aéroplume ne décolle pas. Enfin, la grotte de la Salamandre est le seul endroit au monde où on peut le pratiquer, parce qu’il faut un volume immense et surtout un air parfaitement immobile — ce que seule une salle souterraine peut offrir.
Nath a regardé ça avec beaucoup d’intérêt et avait déjà envie d’en faire. Ce sera pour la prochaine fois. Moi, je devrai faire un solide régime pour pouvoir être pilote de ce truc ! On passe vraiment un très chouette moment dans cette grotte.


En sortant, petite bière sur la terrasse, et là on se rend compte d’autre chose : le calme. Un calme olympien. On n’entend absolument rien. Pas une voiture, pas une route, pas un avion.



Puis il faut remonter les 750 mètres jusqu’au parking. Et je maintiens ce que j’ai écrit avant-hier sur les 700 marches : c’est quand même plus facile de descendre que de monter.
Ça vous apprendra à courir pour aller voir un trou. Il n’allait pas se refermer !
Pique-nique dans la voiture, et en avant pour le Luberon.

Comme on fait pas mal de route en ce moment, on écoute la radio. Chérie FM, RFM, Nostalgie. Oui, on est des p’tits vieux, et non, on ne s’en cache pas.
Enfin des chaînes sérieuses ! C’est là que j’ai appris tout mon répertoire, moi.
Ça explique beaucoup de choses. Sauf que depuis quelques jours, sur les trois stations, c’est kif kif bourricot : des places à gagner pour aller voir Céline Dion. Toutes les heures. Entre chaque pub. Après chaque titre. Et évidemment, le titre en question, c’est ‘Bonjour, pardon, merci’.
L’actualité explique la saturation : Céline Dion entame le 12 septembre une résidence à Paris La Défense Arena, vingt-six concerts étalés jusqu’à mai 2027. ‘Bonjour, pardon, merci’ est sortie le 3 juillet 2026, elle s’inspire du Hoʻoponopono, une pratique hawaïenne de réconciliation qu’on récite le matin et qui tourne autour du pardon et de la gratitude.
Voilà. Et nous, après plusieurs centaines de kilomètres et une quarantaine d’écoutes, on a fini par proposer un remix du titre. Ce sera : ‘Au revoir, dégage, casse-toi !’
♪ Au revoir, dégaaaage, casse-toiiii ♪ Ah, c’est beaucoup mieux, ça se chante super bien !
On est d’accord Rémi, pour une fois, on est d’accord ! 😄
On arrive à Coustellet vers 14 h. Et à partir de là, la journée devient une liste de courses très sérieuse. Premier arrêt à La Roumanière pour quelques confitures. Deuxième arrêt à La Royère pour quelques bouteilles, sachant qu’on doit en plus prendre les commandes des zamis. Heureusement qu’on n’est que deux dans la voiture et qu’on a de la place… Troisième arrêt au Super U pour les courses des prochains jours.
Et enfin, on arrive au Gîte des Vendangeurs. Les clés sont sur la porte. Une petite bouteille de vin nous attend. Le wifi est reconnu tout seul par les téléphones. Oui : on est à la maison.

On débarque tout, on range, on s’installe. Et on s’aperçoit assez vite qu’on n’est pas les seuls à avoir loué cette semaine. Après la salamandre au plafond de la salle de bain il y a deux jours, et la grotte de la Salamandre ce matin, voici un petit scorpion, l’air très intéressé par le melon qu’on avait posé sur le plan de travail de la cuisine.

Il s’agit très probablement d’un scorpion noir européen, Euscorpius flavicaudis : petit, sombre, tout à fait commun dans les vieilles pierres du sud, et sans danger. Sa piqûre est comparable à celle d’une abeille, souvent moins.
Voilà où on en est de notre bestiaire du séjour : une salamandre, un scorpion. Il ne manque plus que les moustiques tigres pour la photo de groupe ! Ah non, eux, ils sont déjà là !

Pas de sieste aujourd’hui, mais on se repose tranquillement avant d’attaquer l’apéro. Au menu ce soir : spaghetti à la Nys.
Morissette?
Pas mal, le Alanis Morissette, ça se tient bien… Le ‘A la Nys’ veut simplement dire, on prend les restes de la veille, on les améliore en les détournant et on refait un plat digne de ce nom avec tout ça… Concrètement, les spaghetti à la Nys de ce soir, c’est le reste de la ratatouille d’hier, un peu de lardons, quelques olives, un peu de purée de tomate, de l’huile d’olive, une petite boule de burrata au basilic. Et ça marche très bien.

On est bien, Tintin, on est bien ! J’aime cet endroit. À demain les petits amis !