Ce matin, on se la joue cool, mais il faut vider la maison. Et en une semaine, on s’étale bien. Donc après le petit déj, on commence par les valises, on vide le frigo, et on jette quelques trucs à la poubelle, finalement pas tellement, on n’a pas gaspillé grand-chose cette année.
Vers 10h45, on quitte les Vendangeurs, la voiture chargée. On reviendra vendredi en fin de journée pour charger toutes les caisses de la Verrière qu’on a commandées. En espérant que tout rentre.
« En espérant que tout rentre. » Ça fait quatre jours que tu répètes cette phrase. À un moment il va falloir choisir entre les bouteilles et les valises.
Direction Lacoste, où il y a normalement un marché le mercredi. Et surprise du jour : il fait dix degrés de moins que ces derniers jours : 23 degrés. C’est un bonheur, et pour tout dire c’est la température idéale. On reçoit bien quelques gouttes de temps en temps, mais rien de méchant.
Et alors, ces crocodiles ?
Toujours pas de crocodile à l’horizon, Rémi. Toujours pas. On se balade dans le village, c’est très joli.







Puis on arrive au marché. Ou plutôt au pseudo-marché, parce qu’il compte exactement quatre échoppes. On comprendra quelques instants plus tard pourquoi : ça a bien draché ce matin, et les trois quarts des exposants sont repartis avant même d’avoir déballé.

On repart vers Goult. On y avait repéré, il y a quelques jours, une pizzeria dont les pizzas avaient l’air délicieuses.

Sauf que la pizzeria ne s’est jamais ouverte. On s’est donc rabattu sur un petit resto juste en face, le Goultois.
Au menu : entrecôte et pluma. Oui, on ne refuse rien.


Et on continue notre collection, sans en avoir l’air. La pluma est une pièce de porc d’origine espagnole, découpée à l’avant de l’échine, près de l’épaule. Son nom signifie « plume », par allusion à sa forme, et elle est très recherchée sur le porc ibérique pour son gras infiltré. Autrement dit : après l’araignée de porc de l’Ardèche, voilà le deuxième morceau du boucher de ce voyage.
Les assiettes étaient bien servies, c’était simple mais bon. Et on goûte une bière locale qu’on ne connaissait pas, la Fauvette. Pas mal du tout.
Une bière brassée au pied du Luberon — et un nom qui devrait nous rappeler quelque chose. La fauvette est précisément l’un de ces petits passereaux qu’on appelait « becfigues » parce qu’ils se gavent de figues à la fin de l’été. On a déjeuné dans un restaurant qui portait ce nom en Ardèche, au tout début du voyage.
Après un petit café, on fait un tour dans Goult. Et bizarrement, c’est l’un des villages qu’on connaissait le moins, alors qu’on dormait à cinq kilomètres. Il est très sympa, très paisible, et il y a un château tout en haut.








Ce château mérite une explication, parce qu’il éclaire tout notre séjour. Le premier nom connu du village est germanique : Agaud, devenu Agoût en provençal, puis Goult. Et à partir du XIᵉ siècle, les seigneurs du lieu ont pris ce nom : ils sont devenus les Agoult, et ils ont gouverné tout le pays d’Apt pendant tout le Moyen Âge, jusqu’au XVIᵉ siècle. Le château et sa tour, bâtis sur le rocher au XIIᵉ siècle, sont leur œuvre — la famille Donis l’a ensuite remanié au XVIIᵉ, sur le modèle des demeures nobles italiennes. C’est aujourd’hui une propriété privée.
Attends. Agoult ?
Oui. La même famille qui a bâti le château de Lourmarin, où on était vendredi, et celle qui a reconstruit le château de Gordes en 1525, devant lequel on est passé lundi. On croise ce nom depuis une semaine sans le savoir — et la source est ici, dans ce village où on ne s’était jamais arrêtés, à cinq kilomètres du gîte.
Donc pendant douze jours, on a fait le tour des maisons des mêmes gens.
En gros, oui. Voilà, j’ai appris quelque chose. Encore. Pendant ce temps, Nath téléphone au Bar des Amis pour bien confirmer qu’on arrive, et pour demander à quelle heure. Réponse : avant 15 h, ou après 17 h. On y va donc directement. Et voilà : la réservation existe. Le stress d’hier soir est officiellement annulé.
On arrive à Villars vers 14 h. Ils sont encore en plein rush du service de midi, mais ils nous accueillent comme toujours, avec le sourire. On nous explique l’organisation des chambres, et on est dans la 3 (sur 4 chambres). C’est la plus belle, avec une immense terrasse et vue sur les toits de Villars et sur le Luberon.


Il y a la clim dans la chambre, et même s’il ne fait que 25 degrés dehors, elle a de quoi faire : la chambre sous les toits a été bien chauffée par les 35 degrés de moyenne de ces derniers jours. Et tout de suite, on s’y sent très bien. On déballe un peu tout, et on se fait notre petite siestasse habituelle.


Vers 18 h 30, on se dirige vers la partie resto. On a réservé les trois prochains soirs ici, et dans nos souvenirs, les repas étaient une tuerie.
Le food porn continue…

Au menu ce soir, après un petit mojito : dakos pour Nath (comme une bruschetta), avocat grillé pour moi.


Le dakos est une spécialité crétoise, et la comparaison avec la bruschetta est juste à un détail près : la base n’est pas du pain grillé mais du paximadi, une biscotte d’orge deux fois cuite, qu’on humecte pour la ramollir avant de la garnir de tomate râpée, de fromage frais — mizithra ou feta —, d’huile d’olive et d’origan. C’était à l’origine une manière de rendre mangeable un pain conçu pour se conserver des mois.
Ensuite, deux fois le thon rouge, avec un taboulé de petit épeautre. Je confirme, une tuerie !

Et pendant tout ça, il se passe quelque chose au-dessus de nous. On est à table sur la terrasse, le soleil se couche, le ciel prend des roses très pâles, la lumière devient magnifique. On arrête de manger pour regarder.

C’est là que Nath se tourne vers moi et me sort : « Même toi tu es beau, avec cette lumière ! » Euh. Comment dire. Donc sans cette lumière, je suis moche, c’est ça ? Ça fait toujours plaisir.
Elle a mis douze jours, mais elle l’a placée.
Bon, d’accord. Je reconnais qu’elle avait deux ou trois ardoises à régler : l’histoire d’Oppedette où j’ai prétendu que c’était moi qui avais insisté pour rester, et le panneau « Nath lave et repasse » sur lequel j’ai failli écrire une bêtise. C’est de bonne guerre.
Je me permets d’ajouter, Henry, que Nath a scientifiquement raison sur la première partie de sa phrase. Au coucher du soleil, la lumière traverse une épaisseur d’atmosphère beaucoup plus grande : le bleu est diffusé et il ne reste que les rouges et les orangés, tandis que l’angle très rasant adoucit tous les contrastes et efface les ombres dures du visage. Les photographes appellent ça l’heure dorée, et c’est en effet le moment où tout le monde est plus beau.
Et ça dure combien de temps, cette heure dorée ?
Une vingtaine de minutes, en réalité.
Alors profite, Henry, tu deviens beau pendant 20 minutes !
Ah, tu t’y mets aussi, merci ! Et en dessert, des figues rôties à se partager.

Mmmmh. J’adore cet endroit. C’est super bon, les serveurs sont adorables, tout est nickel. On rentre dans notre chambre, il fait super calme. On va bien dormir, je le sens.
À demain les amis !