Ce matin, direction L’Isle-sur-la-Sorgue. Encore un incontournable, mais on préfère aller la voir en dehors du dimanche, qui est le jour du marché et où il y a beaucoup, beaucoup trop de monde.
Donc une petite ville entourée de canaux, de ponts et de roues à eau. C’est super joli.







On la surnomme la Venise comtadine, du nom du Comtat Venaissin. Et toute la ville tient à son eau : les canaux sont alimentés directement par la résurgence de Fontaine-de-Vaucluse, à quelques kilomètres. Il subsiste une quinzaine de roues à aubes, vestiges d’une longue histoire industrielle — on en construisait ici depuis le XIIᵉ siècle, pour les usages domestiques puis pour les fabriques, et c’est le textile qui a fait la prospérité de la ville.
C’est aussi la ville des brocanteurs.
Et pas modestement : sept villages d’antiquaires, plus de 350 professionnels installés, ce qui place L’Isle-sur-la-Sorgue au troisième rang mondial de la brocante, derrière Londres et Saint-Ouen.
Sauf que vu le nombre de bouteilles et de trucs qu’on doit déjà ramener, on ne va pas se laisser tenter par du vintage qui prend de la place.
Le coffre a déjà déposé un préavis, je vous rappelle.
On a nos petites boutiques préférées — enfin, surtout Nath. Et c’est dans l’une d’elles qu’on entend la phrase du jour : « Oui, quand je suis revenue à Lille il y a quelques semaines… « , il m’a fallu une bonne demi-seconde avant de comprendre qu’il ne s’agissait pas de Lille, mais de l’Isle.

On boit un petit verre au Café de France, tout près de l’église, et on se balade gentiment dans la ville. Puis on achète deux clémentines confites chez Lilamand.

Petit conseil au passage : les fruits confits, c’est bien. Mais le master des fruits confits, c’est les agrumes. Et la clémentine confite, c’est une tuerie.

La maison Lilamand a été fondée en 1866 par Marius Lilamand, à Saint-Rémy-de-Provence, et elle est tenue par la même famille depuis cinq générations. C’est en 1903 que son fils Justin a fait le choix radical d’abandonner la pâtisserie pour se consacrer exclusivement au fruit confit. Ils travaillent aujourd’hui une vingtaine de variétés, et l’épluchage se fait encore à la main, dehors, à la vue de tous. Le principe du confisage, lui, n’a pas changé : on remplace patiemment l’eau du fruit par du sucre, bain après bain, en montant la concentration du sirop très progressivement pendant des jours — trop vite, et le fruit se ratatine.
Des jours ? Pour une clémentine ?
Des semaines, pour certains fruits entiers. Et puisqu’on parle de Saint-Rémy-de-Provence : c’est là qu’en 1555, un enfant du pays a rédigé la première recette écrite de fruits confits. Il s’appelait Nostradamus.
Nostradamus? Le gars des prophéties ? Il a prédit les fruits confits ?
Il a fait mieux, Rémi : il en a donné la recette. Un chocolatier aussi fait partie de nos incontournables :

On s’arrête ensuite manger un petit plateau de fromages chez Stéphane. On a séjourné deux fois à L’Isle-sur-la-Sorgue, et c’était un peu notre cantine quand on voulait manger du fromage.


Une précision qui rend l’adresse encore plus intéressante : Stéphane Fina n’est pas fromager de formation, c’est un ancien sommelier de restaurants gastronomiques et étoilés, devenu marchand de vins et de fromages. Il tient la maison avec Janique depuis 2006, dans un décor des années 1930, et il ne fabrique pas ses fromages : il en sélectionne une soixantaine, affinés notamment par Lou Canestéou à Vaison-la-Romaine — Josiane Déal, Meilleur Ouvrier de France en 2004 — et par la fromagerie Nivesse à Clermont-Ferrand. Ce qui explique aussi pourquoi le verre qu’on vous sert tombe toujours juste : l’homme est sommelier avant tout.
En plus, il y a une petite terrasse. Alors : petite terrasse, un petit verre de blanc, une assiette de fromage. Que demande le peuple ?
De partager !
Bah oui, c’est ce que je fais, non ? On partage nos découvertes culinaires.
Retour à la maison. Et il fait quand même moins chaud qu’hier : on n’a que 31 degrés, alors qu’il faisait 37 à la même heure la veille. « Que » 31 degrés. On s’habitue vite.
Petite sieste, et on se remet en route vers 17h30 pour Apt.


Là aussi, on a séjourné une fois, avec les enfants. L’appartement était tout pourri, par contre la ville est sympa. Et on y a aussi nos petites habitudes : un petit apéro sur la place au platane

Et un resto, l’Intramuros, qui fait également bar à rhum. Je crois que le gars a quelque chose comme 400 rhums différents.

Quatre cents rhums ? À un par soir, ça te fait plus d’un an de vacances ici.

Et Apt méritait bien l’étape : la ville est considérée comme la capitale mondiale du fruit confit, et c’est grâce à elle que la France est le premier producteur mondial. Vous avez donc acheté une clémentine confite le matin, et vous avez dîné le soir dans la capitale mondiale du genre. Sans le savoir, vous avez fait une journée thématique.
Alors, le repas. Le jeu du jour, c’est de deviner ce qu’on a mangé :





Réponses : un cocktail à base de rhum pour commencer, des sardines, un hamburger pour moi, et pour Nath un foie gras puis une soupe thaï aux scampis.
Et juste après le plat principal, une petite drache. Une vraie : courte, franche, tombée d’un coup. Ça a fait un bien fou après cette journée à 31 degrés — et pendant deux minutes, ça nous a rappelé le pays.
Et comme pousse-café, pas trop de suspense : du rhum.
Ben tiens.


Mais lequel ? Ou au moins : de quel pays ? Un truc à la coco pour Nath, et pour moi un Bayou.

Le Bayou est un rhum de Louisiane, distillé à partir de canne à sucre locale — une production qui a de quoi surprendre, parce qu’on associe rarement les États-Unis au rhum, alors que la Louisiane cultive la canne depuis le XVIIIᵉ siècle.
On est rentrés en chantant dans la voiture. L’ambiance était très, très bonne.
Un peu trop bonne, à vrai dire : heureusement qu’on n’a pas eu de contrôle, parce qu’on était un peu limite. Bon. Beaucoup limite.
Je propose de conduire, moi.
Tu n’existes que dans ma tête, Rémi.
Justement. Je suis toujours sobre.
Demain, on refait les bagages pour aller passer les quelques jours qui restent au Bar des Amis, à Villars — en espérant que la réservation de l’hôtel a bien été faite de leur côté. On stresse un peu. On verra demain.
Bonne nuit tout le monde !