Dernier jour. Après le petit déj, on règle nos factures pour les trois nuits. Et c’est là qu’on apprend le truc le plus triste de ces vacances.
Le Bar des Amis sera repris l’année prochaine. Ce sera une nouvelle équipe. Et d’après ceux qui sont encore là, ça ne sera plus pareil.
Alors on est tristes. Vraiment tristes. On avait découvert cet endroit en juin l’année dernière, on était venus manger deux fois, et cette année on est revenus pour trois jours entiers. C’était top de chez top. Et c’est fini.
On réessaiera la prochaine fois, évidemment. Mais on sait déjà que ce ne sera plus la même chose, parce que ce qui fait cet endroit, ce ne sont pas les murs. C’est l’équipe en place. Les sourires, l’énergie positive, le service, la nourriture : tout vient d’eux. Les murs, eux, resteront exactement où ils sont.
C’est d’ailleurs assez cruel, quand on y pense : dans « Bar des Amis », ce n’est pas le bar qui s’en va. Ce sont les amis.
…
Rémi ?
Rien. J’ai une poussière dans l’œil.
Allez. Arrête d’être triste, Rémi. Merci, le Bar des Amis. C’était court, mais c’était bon.

Bon. On reprend la route vers le nord.
Un accident sur l’autoroute, on perd facilement trente minutes. On s’en fout, on a le temps. Et toujours autant de bouchons à Lyon, parce que certaines choses ne changent jamais et que Lyon en fait partie.
On arrive finalement à Langres vers 16 h 30. On dépose les bagages à l’hôtel et on va faire un petit tour en ville.
Alors, disons-le franchement : ce n’est pas la ville la plus agréable pour se promener. Par contre, la cathédrale, waouw. On ne s’attendait pas du tout à ça. Et en plus, il y avait quelqu’un qui jouait de l’orgue. C’était grandiose.






Il s’agit de la cathédrale Saint-Mammès, un édifice où le roman bourguignon rencontre le gothique, et qui a bientôt mille ans. Et tant qu’on est à Langres, trois choses méritent d’être signalées, pour une prochaine fois ou pour ceux qui passeraient par là. D’abord les remparts : la vieille ville est ceinte de murailles qu’on peut parcourir entièrement, avec des tours médiévales et un panorama qui va du lac de la Liez aux Vosges d’un côté, et à la vallée de la Bonnelle de l’autre.
Ensuite ?
Ensuite, Langres est la ville natale de Denis Diderot, né ici en 1713. Sa statue en bronze, sur la place qui porte son nom, est l’œuvre de Frédéric Bartholdi, le sculpteur de la statue de la Liberté.
Le gars de la statue de la Liberté est venu faire un Diderot à Langres ? Il avait du temps libre entre deux flambeaux ?
Et enfin, il y a le fromage. Le langres est une AOP au lait de vache, à croûte lavée, reconnaissable à la petite cuvette creusée sur le dessus, qu’on appelle la fontaine. Et cette fontaine n’est pas sculptée : elle se forme toute seule, simplement parce que le fromage n’est jamais retourné pendant son affinage. La tradition veut qu’on y verse du champagne ou du marc de Bourgogne avant de le déguster.
Un fromage livré avec un trou pour mettre l’alcool. Voilà. C’est ça, la civilisation.
Mais on ne goutera pas le fromage, on fait juste quelques petites photos sympas :






On avait réservé une table au Pignata.
C’est pas le Bar des Amis…
Non, Rémi. Ce n’est pas le Bar des Amis.
Le personnel est sympa, cela dit. Mais la pizza n’avait pas beaucoup de goût, et le burger au gorgonzola, ça va, sans plus. Rien de raté, rien de mémorable non plus.
Et en fait, je crois que le problème n’est pas dans l’assiette. Il est dans nous. En quinze jours, on s’est habitués à des plats avec plein de saveurs, le mouhammara, le gochujang, la sauce au bleu de chèvre, les joues braisées, les panisses, le banon sous ses feuilles, la caillette… On a pris l’habitude d’être surpris à chaque repas. Résultat : une pizza correcte, qui nous aurait très bien convenu le premier soir à Metz, nous laisse tièdes le quinzième.
C’est un phénomène assez banal, et il n’a rien à voir avec la cuisine d’ici : le goût fonctionne par comparaison. On ne juge jamais un plat dans l’absolu, mais par rapport à ceux qui le précèdent. Après deux semaines de cuisine très aromatique, le palais a simplement déplacé son point de référence.
Traduction : vous êtes devenus insupportables.
Un peu, oui, mais certainement pas autant que toi, Rémi ! Et c’est probablement le premier signe que les vacances sont finies : le repas a cessé d’être un événement.
Bref, je ne suis pas sûr qu’on reviendra à Langres.



Demain, retour à la réalité. Il y aura certainement un petit post de conclusion pour ces quinze jours de vacances.
À demain les amis !