Départ vers 9 h, direction la Bambouseraie en Cévennes, à environ 45 minutes du gîte.
Une bambouseraie ? Ce ne serait pas un endroit avec des bambous?
Bien vu Rémi, c’est exactement ça, un parc avec plein de bambous, mais pas que, on retrouve aussi des ifs immenses, des ginkgos biloba, des séquoias, des magnolias hauts comme des immeubles, des érables du Japon, un hêtre pleureur mais aussi quelques oeuvres d’art…
La Bambouseraie a été créée en 1856 par Eugène Mazel, un Cévenol enrichi dans le commerce des épices. Il achète le domaine de Prafrance, creuse tout un réseau de canaux d’irrigation, fait venir ses premiers bambous d’Asie et se lance dans une acclimatation qui n’avait aucune raison de fonctionner sous ce climat. Elle a fonctionné. Lui, en revanche, y a englouti toute sa fortune : ruiné, il meurt en 1890 et le domaine est saisi. Il faudra attendre la famille Nègre — Gaston en 1902, puis son fils Maurice, ingénieur agronome, qui ouvre le parc au public dans les années 1950 — pour que le lieu devienne ce qu’il est. Le domaine couvre 34 hectares, dont 14 ouverts à la visite, et rassemble plus de mille variétés végétales. Cette année, la Bambouseraie a 170 ans.
Des photos de bambous, il va y en avoir. Beaucoup. Allez hop, c’est parti :












Il fait chaud, très chaud, mais on marche à l’ombre des bambous, et l’ombre d’une bambouseraie, ce n’est pas l’ombre d’un arbre. C’est une lumière verte, tamisée, avec un bruit de tiges qui s’entrechoquent au-dessus de la tête et quelques degrés en moins. Bref, on est tombés amoureux de cet endroit.
Et le plus beau, c’est que tout ça, techniquement, ce n’est même pas une forêt.
Ben si, ya des troncs, ya de l’ombre, c’est une forêt !
Non. Le bambou n’est pas un arbre, Rémi. C’est une herbe.
Une herbe ? Vingt mètres de haut ? Alors la Bambouseraie, c’est juste une pelouse très mal tondue ?
C’est exactement ça. Le bambou appartient à la famille des graminées, comme le blé, le riz, le maïs et le gazon : c’est une herbe géante. Et il en garde toutes les caractéristiques. Il n’a pas de tronc mais un chaume creux et cloisonné de nœuds ; il n’a pas de bois véritable ni de cernes de croissance ; il ne s’épaissit jamais. Une tige sort de terre avec son diamètre définitif, comme un tuyau qu’on tirerait du sol, et ne fait plus que s’allonger. Elle atteint sa hauteur adulte en une seule saison — quelques semaines à deux mois — et pas un centimètre de plus ensuite : elle ne fait plus que durcir. Le bambou ne pousse pas vers le haut comme un arbre, il se propage par ses rhizomes, sous terre, à l’horizontale. Un détail qui donne le vertige : certains bambous géants peuvent pousser jusqu’à un mètre par jour en pleine période de croissance.
On croise aussi des sculptures, posées çà et là entre les bosquets. Et pas des œuvres plantées là pour faire joli : elles sont faites avec le parc, et souvent avec ce que le parc a laissé tomber.
C’est l’exposition Art & Nature, visible du 4 avril au 15 novembre 2026 : des œuvres conçues sur place, en dialogue direct avec le paysage végétal qui les entoure.
La première s’appelle Réincarnation, du Japonais Takayuki Shimizu. Trois formes de bambou tressé, ajourées comme des paniers, suspendues en pleine bambouseraie au-dessus des palmiers, reliées entre elles par de longues tiges qui partent en volutes. On dirait trois cocons en train de s’ouvrir, ou trois animaux en suspension.

Réincarnation ! Donc si le bambou a été méchant dans sa vie d’avant, il revient en cure-dents ?
La seconde, c’est Greffe charpentière, de Simon Augade.

Une greffe ? L’arbre a été opéré ? Ya un chirurgien-charpentier dans le parc ?
Presque. Le point de départ de l’œuvre est la chute d’une branche du magnolia centenaire du domaine. Simon Augade, plasticien français né en 1987, travaille par assemblage de matériaux souvent de récupération, surtout le bois, autour des notions de passage, de limite, de stabilité et de fragilité. Ici, la masse organique de la branche est enfilée dans une structure de charpente géométrique — et la pièce tient toute sa tension de là : entre sauvetage et rupture, entre le vivant et le fabriqué. Quant au titre, il est doublement exact : en arboriculture, les « branches charpentières » sont les branches maîtresses qui portent l’architecture de l’arbre. La greffe est donc autant charpentière au sens du menuisier qu’au sens de l’arbre.
Et en fait, les deux œuvres racontent la même chose. Un bambou coupé qui revient en cocon, une branche tombée qui revient en charpente : dans les deux cas, quelque chose qui meurt et qui continue autrement. Pour un jardin de 170 ans planté par un homme qui n’a jamais vu ce qu’il allait devenir, c’est plutôt bien trouvé.
Il y avait même un espace zen. On est d’abord passés devant sans s’arrêter, parce qu’un bébé hurlait dans sa poussette juste au milieu, et disons que ça cassait un peu le concept.
♪ Zen, restons zen ♪
On y est repassés plus tard, une fois le bébé et ses parents partis vers d’autres méditations, et là oui, c’était très joli.








Des serres, des fleurs, des nénuphars, des bonsaïs, un village laotien reconstitué… bref, je ne mets que des photos, c’est plus simple.










Midi, on sort de la Bambouseraie, Nath craque pour un panier (soi-disant, j’ai oublié le mien à la maison, il en faut un pour faire les marchés en Provence, blablabla, …mwouais). Bon, il est beau, le panier :

On mange au Bambousnack : chips et hot-dog. L’équilibre alimentaire du jour a poussé comme le bambou, très vite, et sans réfléchir.

L’après-midi, visite d’Anduze. Franchement, rien d’exceptionnel, mais c’était sympa : on flâne, on regarde les vitrines, on prend le frais dans les ruelles.
Anduze? et après, on fait Antreize?
C’est celaaaa oui….




Retour au gîte, avec un petit détour stratégique par une pâtisserie : une tartelette poire-chocolat. Et ensuite, une bonne siestasse au frais, parce qu’il faut savoir tenir ses priorités.
En fin de journée, on prépare gentiment le repas du soir. Nath nous fait une ratatouille avec des brochettes de poulet, du taboulé, et les pommes de terre sautées qui restaient d’hier.

C’était vraiment sympa, ces quelques jours entre Cévennes et Ardèche. On ne connaissait pas du tout ce coin-là, on est arrivés sans grandes attentes, et on repart avec une grotte, un pont d’arc, un village perché, des jardins accrochés au vide et une forêt de bambous. Pas mal pour quatre jours dans un ancien four à pain.
Demain, on rentre à la maison.
Quoi ? Déjà ? Mais on vient d’arriver ! Et on habite en Belgique, je te rappelle !
Pas à la maison en Belgique, Rémi. À la maison dans le Luberon : un de nos endroits favoris au monde, et le vrai titre de ce blog. Sept jours qui commencent demain.
Ah, d’accord. Bon, je vais chercher mes valises. Enfin, celles que je n’ai pas faites.