On est bien, Tintin, dans cette chambre. On se réveille vers 7 h 30, tranquillement. J’adore cette vue depuis la terrasse :

On descend pour le petit déj vers 8h20… et on est trop tôt : le petit déj, c’est à partir de 8h30. Bon. On patiente 10 minutes, et ça valait le coup : petit pain, jambon, fromage, granola, confiture de figue, jus de pomme et café. Juste nickel.

On part vers 9 h, direction Pertuis, pour visiter le Domaine du Coffre, cf La Clé des Sens, le vin qu’on avait bu vendredi dernier à Lourmarin et qui nous avait bien tapé dans l’œil. Ou plutôt en bouche.
On arrive vers 10 h. Pas facile à trouver, d’ailleurs. Une dame nous accueille, on lui explique qu’on a bu leur blanc, La Clé des Sens, au Bouchon à Lourmarin, et là elle nous dit : « Ah, mais j’y étais. »
Quelques secondes de flottement, et on comprend : c’était la chef de ce restaurant.
Le monde est petit. Et le Luberon encore plus.
Elle nous explique l’histoire du domaine, qui est relativement jeune, et celle des trois frères.
Les trois frères ! Cent patates !
Non, pas le film avec les Inconnus, Rémi.
Les trois frères en question s’appellent Sylvain, Aurélien et Florent Joly. Ils sont vignerons de quatrième génération et cultivent ensemble six hectares de vieilles vignes plantées par leur grand-père. C’est Florent, le plus jeune, qui a lancé le projet, après avoir appris le métier dans des vignobles réputés partout dans le monde. Et le nom du domaine a une histoire qui devrait te plaire, Henry : « le coffre » était le nom local de la magnanerie, du temps où la région vivait de la soie, des châtaignes et des grosses récoltes de fruits.

On fait une petite dégustation, et le rouge de La Clé des Sens est lui aussi une merveille, exactement comme on les aime : un peu charpenté, puissant, élevé en fût de chêne pendant six ou sept mois. Et hop, 2 caisses de plus dans le coffre…

Des caisses du Coffre dans le coffre. Là, pour une fois, je n’ai rien à ajouter.
Bref, un chouette moment. Ensuite, on prend la route d’Ansouis. Et qu’est-ce qu’il y a à Ansouis ?
Vas-y, dis-le.
Des déviations. Beaucoup de déviations. Des routes barrées, des panneaux partout — et l’impression très nette que les habitants n’étaient pas contents.
Il manque juste une lettre, c’est pas Ansouis mais ‘En souci’.
Et l’impression est parfaitement fondée. Depuis le début du mois de juin, la route départementale qui passe sous le pont d’Ansouis est fermée à la circulation, le temps de travaux de renforcement et de mise en sécurité du pont. Résultat : un village classé parmi les plus beaux de France dont les rues se sont vidées en pleine saison, et des commerçants qui ont vu leur chiffre d’affaires fondre semaine après semaine. L’un d’eux a résumé la chose en une phrase : « Si on voulait tuer le village, on ne s’y prendrait pas autrement. » Il y a eu un appel au boycott des festivités du 14 juillet, et une banderole « Village en colère » déployée par les habitants. Le département a annoncé début août le lancement du chantier pour une réouverture en septembre — donc, en principe, maintenant.
Voilà. On n’avait rien inventé.







Sinon, il y a aussi une savonnerie et un château.
Une savonnerie ! C’est là qu’on achète le savon pour « Nath lave et repasse » ?
Tu vas te faire allumer par Nath Rémi ! Alors, d’accord, ils se ressemblent tous finalement, ces petits villages du Luberon, les mêmes pierres, les mêmes ruelles, le même clocher, le même chat qui dort au même endroit. Mais ils sont aussi tous plus beaux les uns que les autres, et c’est bien ça le problème : on ne sait jamais lequel préférer.



On prend un petit verre sur une terrasse, et on reprend la route pour un autre village dont je n’ai aucun souvenir d’y être déjà allé.
Ah, enfin une nouveauté !
Cucuron.
Et il est si rond que ça, le cucul ?
C’est celà, oui! Et à Cucuron, il y a un petit étang entouré de platanes. C’est très joli, et je n’ai vraiment aucun souvenir de ça.




Ce n’est pas tout à fait un étang naturel, d’ailleurs. Au début du XVIᵉ siècle, c’était une simple retenue alimentée par les sources du massif du Luberon, et elle servait à faire tourner un moulin à farine. Le grand bassin quadrangulaire qu’on voit aujourd’hui a été aménagé au XIXᵉ siècle. Quant aux platanes majestueux, ils ont été plantés pour l’essentiel en 1813, juste après l’Empire — ils ont donc plus de deux siècles.
On fait un petit tour. Il est déjà 13 h, on commence à avoir faim, et il y a pas mal de restos le long de l’étang. Ce sera finalement chez Yaoma Sushi : nouilles au poulet pour Nath, salade de nems pour moi. Très bon, ce Yaoma.



Ya Oma ! Mais c’est « oui mamy » en flamand, non ?
Oui, enfin… je doute qu’ils parlent flamand ici, hein, Rémi. Bref, après cet intermède asiatico-flamand, retour à l’hôtel pour notre sieste habituelle.
Ça va me manquer, ça, la semaine prochaine.
Comme hier, on redescend vers 18 h pour un petit apéro. Il y a de la sangria et du spritz… au litre.
Un litre pour deux ? C’est un peu exagéré, non ?
C’est exactement ce qu’on s’est dit. On prend donc un verre chacun, et on profite de la terrasse : sangria pour l’une, spritz limoncello pour l’autre.


Ensuite, des panisses et une caillette de porc.
Deux plats qui valent une note chacun. Les panisses sont une préparation de farine de pois chiches : on cuit la farine avec de l’eau jusqu’à obtenir une pâte épaisse, on la laisse refroidir et prendre, puis on la découpe en bâtonnets qu’on fait frire ou dorer. C’est une cousine de la socca niçoise, en version épaisse. Quant à la caillette, c’est un hachis de porc et de verdure — blettes ou épinards — souvent additionné de foie, enveloppé dans de la crépine et rôti au four. Et c’est une spécialité qui vient d’un endroit qu’on connait maintenant très bien : l’Ardèche.


Et ensuite, deux fois les joues de porc. OMG.

Alors Nath n’est pas fan de la viande bouillie. Sauf qu’ici, c’est vraiment super bon. J’ai quand même dû finir son assiette, mais je dois avouer qu’elle n’a pas eu besoin d’insister très longtemps pour que j’accepte.
Et une précision qui pourrait réconcilier Nath avec le genre : ce plat n’est pas bouilli, il est braisé, et ce n’est pas du tout la même chose. La joue est un muscle qui travaille en permanence, donc très riche en collagène — un tissu dur qui, sous une cuisson longue et douce, se transforme en gélatine. C’est elle qui donne cette texture fondante et cette sauce qui nappe. Une viande bouillie, à l’inverse, perd tout dans son bouillon.
Tout est bon dans le cochon !
De retour à la chambre, il est 21 h.
Demain sera notre dernière journée dans le Luberon. Mais on reviendra, comme toujours 🙂