Jour 8, ça passe beaucoup trop vite !

On part un peu avant 9 h. On essaie de partir tôt pour profiter de la fraîcheur du matin, parce que 38 degrés à midi, non merci. Direction Bonnieux, un de mes villages préférés du Luberon.
On se balade tranquillement, il n’y a pas grand monde. On monte, on redescend, on s’assoit sur un banc, et on écoute le silence. C’est bête à dire, mais c’est exactement ce qu’on venait chercher.




Bonnieux est un village étagé sur le flanc nord du Petit Luberon, et il a une particularité qu’on remarque surtout de loin : au-dessus du village s’étend la forêt des Cèdres. Ces cèdres de l’Atlas n’ont rien d’indigène — ils ont été semés dans les années 1860 à partir de graines venues d’Algérie, pour reboiser une crête que le pâturage et la coupe avaient mise à nu. Cent soixante ans plus tard, c’est la promenade la plus fraîche du massif.


On s’achète une baguette pour midi, et on file boire un petit verre à Lacoste, au Café de Paris.
Lacoste? Paris, on est où là?
A Lacoste ! Et on est bien.

Et à Lacoste, ya des crocodiles ?
Aucun. Mais il y a le château de Lacoste, qui fut la demeure de la famille du marquis de Sade, et que Pierre Cardin a racheté et restauré au début des années 2000.
Et on y reviendra mercredi, il me semble, il y a un marché qu’on n’a jamais fait à Lacoste le mercredi ! Aujourd’hui, c’est journée farniente. Et c’est très bien, les journées farniente. On va donc faire quelques courses pour le repas de midi et pour demain. Et c’est là que se joue la grande scène du jour, en pharmacie, où Nath est allée acheter du répulsif et de l’apaisant pour moustiques.
Devant elle, un couple. Derrière le couple, une dame seule. Le couple demande exactement ce que Nath allait demander. La dame seule enchaîne : « Alors je vais vous suivre. » Et Nath complète : « Et je vous accompagne. » Voilà, la file est constituée, tout le monde a le même problème. La pharmacienne fait donc le tour du rayon pour les trois clients à la fois, explique que les produits Puressentiel elle n’en a plus, et propose, si on cherche des choses naturelles, de regarder plutôt du côté de… Et là la cliente n° 2 sort un : « Je m’en fiche que ce soit naturel ou pas. Là, je veux juste que ce soit efficace. » Fin de la discussion. A mon avis, les gens en ont un peu marre de se faire bouffer par les moustiques (beaucoup plus nombreux qu’habituellement à la même époque).
Je crois surtout que c’est grâce à ce genre de produits que les pharmacies font leur beurre en été. À mon avis, ils élèvent des moustiques tigres dans l’arrière-boutique. 😄
Le modèle économique parfait : tu fabriques le problème et tu vends la solution.
Retour à la maison pour le repas de midi, qu’on finit par manger à l’intérieur.

Puis sieste habituelle : il fait bon dans la maison. Et vers 16 h, on se dit qu’on irait bien dire bonjour à Catherine.
Ah ! La fameuse Catherine ! Elle existe donc vraiment ?
Je vous avais dit qu’on la verrait. Catherine, c’est elle qui tient le caveau de dégustation. On est tout seuls au début, alors on parle de nos vies respectives. Ben oui, ça fait quand même quinze mois qu’on ne s’est pas vus. Tout ça en dégustant les différents vins : les blancs, le rosé, les rouges. J’aime bien le Pamplelune, un blanc beurré qui me rappelle beaucoup La Clé des Sens d’hier.
On fait notre commande, en précisant qu’on repassera vendredi prochain pour récupérer — et payer les caisses. Et il va y en avoir un paquet, de caisses. Nom di djou.
Un mot sur l’endroit où vous dormez depuis une semaine, parce qu’il a une histoire : le Domaine de la Verrière tient son nom d’artisans verriers italiens installés là en 1470, sous le règne du roi René de Provence. Le domaine est posé sur le coteau du Gardi, entre Goult et Roussillon, face au Luberon, et c’est en 1969 que Bernard et Françoise Maubert en ont fait l’un des premiers domaines particuliers en AOP Ventoux. L’élevage des vins y est adapté à chaque cuvée : cuves inox, cuves béton, barriques, foudres et dolias. En 1985, Jacques leur succède, avec son épouse. Le fameux Mr Jacques !
Ensuite, Catherine nous propose de visiter les caves. Les tonneaux, les amphores, les cuves en inox, et tout le monde en plein boulot, parce que c’est la pleine saison.

Des amphores ? Vous faites du vin ou vous fouillez un chantier archéologique ?
Les deux se rejoignent, en fait. Les dolias sont de grandes jarres de terre cuite, exactement le principe des amphores romaines et des qvevri géorgiens. La terre cuite est neutre — elle n’apporte aucun goût, contrairement au bois — tout en laissant passer un peu d’oxygène. Un contenant vieux de plusieurs millénaires, revenu à la mode depuis une vingtaine d’années.



On rencontre aussi Valentin, le fils de Jacques, qui reprendra sans doute l’exploitation à terme. Et il nous fait goûter, en avant-première, le viognier 2026. Alors, disons-le : ça ressemble encore un peu trop à du jus de raisin. Mais on y découvre quand même des notes de pêche et d’ananas.

Ce qui est très bon signe, parce que la pêche et l’abricot sont précisément la signature aromatique du viognier, un cépage blanc originaire du nord de la vallée du Rhône. Et si ça ressemble encore à du jus de raisin, c’est simplement que c’en est encore un peu : à ce stade de l’année, en pleine période de vendanges, le vin est à peine sorti de sa fermentation. Les arômes que vous avez sentis sont les arômes primaires, ceux du raisin lui-même. Tout le reste est encore devant.

Trop bien, cette petite visite privée.

Ensuite, le temps de prendre une douche, et direction Goult, à 5 km de la maison, pour le resto du soir : La Bartavelle.

La Bartavelle. C’est un nom de bagnole, ça, non ?
C’est un oiseau. La bartavelle est une perdrix de montagne, la perdrix bartavelle, plus grande et plus rare que la perdrix rouge. Et c’est surtout l’oiseau le plus célèbre de la littérature provençale : dans La Gloire de mon père, Marcel Pagnol raconte comment son père Joseph abat deux bartavelles royales d’un seul coup de fusil, scène qui fait entrer le personnage dans la légende familiale.
En entrée, moi les haricots verts, avec râble de lapin et foie de canard poêlé, vinaigrette soja et huile d’olive. Et Nath l’aubergine grillée avec les gambas et la mozzarella. Ensuite, deux fois le poisson sauvage, avec sa soupe de poisson, des moules, des pommes de terre à l’aïoli et de l’écorce de citron confit. Très bien ce repas !




Et les desserts ne sont pas mal non plus :


Ca y est le food porn recommence !
Pas mal du tout, ce resto. Et bizarrement, on ne connaissait pas Goult, un village où on n’a pourtant que cinq kilomètres à faire. On va revenir, c’est sûr.
Il est 22h30 quand j’écris ces lignes, de retour à la maison. Demain, on se lève tôt pour aller visiter notre endroit préféré du Luberon : Oppède-le-Vieux.
Encore un lever tôt ? Vous êtes en vacances, je vous rappelle !
Justement, il faut en profiter avant la chaleur! À demain !